Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Une boucle de 8 km au cœur du Bassin minier, entre patrimoine remarquable et paysages façonnés par l’industrie.
Depuis la fosse 9‑9bis, dernier site d’extraction du Pas‑de‑Calais, le sentier traverse le bois des Hautois, lieu de la découverte du charbon par Madame De Clercq, avant de grimper le terril 110 et son étonnante mare sommitale.
La randonnée se poursuit vers le marais de Labiette, puis sur le terril 116‑117, belvédère sur Delta 3 et les cités minières.
Le retour longe le Courant de la Motte avant de rejoindre la fosse 9‑9bis, refermant ainsi une boucle qui raconte, en quelques kilomètres, toute l’épopée minière du territoire.
/image%2F5645987%2F20260322%2Fob_a4ac69_fresque-blog.png)
Et en détail :
Temps de lecture : 11 minutes
Continuons aujourd’hui notre découverte du Bassin minier Nord–Pas‑de‑Calais avec le PR 4 – Le sentier de Madame De Clercq, une boucle de 8 kilomètres tirée du TopoGuide de la Fédération Française de la Randonnée Pédestre.
Ici, en quelques pas, ce sont près de 150 ans d’épopée minière qui se dévoilent, au fil de lieux fondateurs et de sites emblématiques.
Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai hâte d’aller voir ça. On y va ?
Nous démarrons de l’ancienne fosse 9‑9bis de la Compagnie des Mines de Dourges, à Oignies, entre la salle des Bains‑Douches et la salle des Machines du puits n° 9bis.
La construction du site débute en 1932 et ne s’achève qu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Que ce patrimoine nous soit parvenu dans un tel état de préservation tient presque du miracle — ou plutôt de l’acharnement de quelques‑uns.
Au bout de l’allée se dresse un bâtiment pour le moins étonnant : le Métaphone.
Cette salle de concert est recouverte d’une véritable peau sonore, qui transforme l’édifice en un instrument de musique à part entière.
Sa présence ici peut surprendre, mais elle s’inscrit dans la volonté de la CAHC (Communauté d’Agglomération Hénin‑Carvin) de faire des arts et de la musique le fil conducteur de l’aménagement du site.
En face du Métaphone, le terril 110 dévoile sa silhouette sombre. Un dernier regard vers les bâtiments de la fosse 9‑9bis, et nous voilà bientôt dans le bois des Hautois.
Au XIXᵉ siècle, ce bois n’était autre que le parc du château de Madame Henriette de Clercq, une riche propriétaire installée à Oignies après son mariage avec Louis de Clercq, banquier belge issu d’une famille aisée.
C’est sur ces terres qu’elle fit aménager son domaine et qu’elle joua, bien malgré elle, un rôle décisif dans l’histoire locale.
Alors que le château accueille aujourd’hui un centre de rééducation — réputé, d’ailleurs — le bois, lui, appartient désormais au Conseil départemental du Pas‑de‑Calais, qui l’a transformé en Espace naturel sensible.
Mais c’est aussi ici que Madame De Clercq découvrit, par hasard, la présence de charbon dans le sous‑sol. Une découverte qui bouleversa durablement la région, au point que tout cet héritage est aujourd’hui inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité.
Une stèle commémore cet événement. On y accède par un étroit sentier, à droite après l’arbre‑totem. Et plus bas, je vous raconte les circonstances de cette découverte extraordinaire.
Une découverte née d’un simple puits
En juin 1842, sur le domaine de la famille De Clercq à Oignies, on entreprend de creuser un puits pour trouver de l’eau. Rien ne laisse présager que ce geste ordinaire va changer l’histoire du Pas-de-Calais. Pourtant, en remontant la terre, les ouvriers découvrent des fragments de charbon. C’est Madame De Clercq qui s’en étonne la première et qui encourage à poursuivre les recherches.
Le point de départ du Bassin houiller
Les ingénieurs confirment bientôt ce que personne n’osait imaginer : le Bassin houiller du Pas-de-Calais vient d’être identifié. Cette découverte marque le début d’une aventure industrielle et humaine qui transformera durablement le territoire, jusqu’à la fermeture de la fosse 9-9bis, dernière en activité dans le département.
Un sentier pour honorer une intuition décisive
Le PR4 – Sentier de Madame De Clercq traverse les lieux mêmes où cette histoire a commencé. En reliant la dernière fosse exploitée au site de la première découverte, il raconte, en quelques kilomètres, toute l’épopée du charbon dans le Pas-de-Calais.
Après la stèle, nous retrouvons le chemin qui fait le tour du bois des Hautois. Une passerelle nous permet de franchir le petit cours d’eau qui relie entre eux les étangs de l’ancien parc. C’est d’ailleurs pour les alimenter en eau que Madame De Clercq fit creuser ce puits… celui-là même qui mena, par hasard, à la découverte du charbon.
La passerelle franchie, nous poursuivons vers la gauche, en direction du terril 110. D’un côté, de belles vues s’ouvrent sur les étangs ; de l’autre, un blockhaus rappelle que l’histoire du territoire ne se résume pas à l’épopée minière.
Bientôt apparaît un escalier métallique : il permet d’accéder au terril 110.
Au sommet de l’escalier, un portique d’accès marque l’entrée du chemin de montée. Large, celui‑ci s’élève alors lentement en tournant autour du cône du terril, offrant déjà de belles vues sur les environs.
On ne peut bien sûr pas monter ainsi jusqu’au ciel : il faut bien que cela s’arrête quelque part. Officiellement, si l’on s’en tient au circuit proposé par la FFRP, la montée s’interrompt au pied d’un étroit sentier qui grimpe plus franchement vers le sommet du terril.
Mais au point où nous en sommes… pourquoi ne pas y aller, justement, au sommet ? Vous m’accompagnez ?
La montée finale est rude, mais courte. Au bout, la surprise est de taille : le sommet du terril est occupé par une mare, donnant à l’ensemble des allures de volcan dont la caldera serait devenue un lac.
D’ici, la vue est imprenable. On domine naturellement l’ancienne fosse 9‑9bis, mais aussi le marais de Labiette et le terril de la fosse 10 — nos prochaines destinations. Et bien d’autres choses encore, que vous pourrez retrouver sur les tables d’orientation disposées au sol.
Nous descendons du terril par le même chemin, profitant au passage de nouvelles perspectives sur le paysage.
Après le portique d’accès, nous continuons cette fois tout droit pour longer le marais de Labiette, un marais ancien dont les abords ont été profondément remodelés par l’activité minière.
On trouvait ici les bacs à schlamms de la fosse 9‑9bis, ces bassins où décantaient les eaux chargées issues du lavage du charbon. Réaménagés par l’Établissement Public Foncier (EPF) lors de la reconversion du site, ils ont laissé ce relief surélevé et ces étendues planes où la nature a depuis repris ses droits.
À l’extrémité sud de cette zone, une rampe nous conduit jusqu’à une route : le Chemin du Tordoir.
Attention : ici, le balisage n’a pas été adapté à la nouvelle configuration des lieux. L’ancien pont, situé juste après un virage dangereux, a été détruit et remplacé par un nouveau pont, construit un peu plus loin pour sécuriser le passage des promeneurs. Il faut donc dépasser le balisage, traverser la route par le passage pour piétons, puis franchir le pont qui se trouve juste en face.
De l’autre côté du cours d’eau, à hauteur de l’ancien pont, une nouvelle rampe nous emmène cette fois sur le terril 116‑117, aussi connu comme le terril du siège 10.
À l’origine, il s’agissait de deux terrils distincts, les 116 et 117, tous deux rattachés à la fosse 10 du Groupe d’Oignies. Ils ont été fusionnés et leurs pentes remodelées lors du réaménagement du site par l’EPF.
Deux cents mètres après le sommet de la rampe, un chemin grimpe en oblique sur la gauche. Il mène à un belvédère aménagé sur le terril.
Et quand vous y serez, après quelques volées d’escaliers — ben oui, on n’a rien sans rien — vous comprendrez pourquoi je ne vous laisse pas le choix.
Bon, je vous l’accorde, la végétation a un peu poussé depuis mon dernier passage. Mais on distingue encore bien, au nord, les installations de la fosse 9‑9bis, le terril 110, et, en arrière‑plan, le terril du Tour d’Horloge, à Carvin.
Vers le sud, ce sont les installations de la plateforme multimodale de Dourges – Delta 3 que nous devinons à travers les arbres qui ont envahi le terril. C’est pour protéger Oignies des nuisances sonores pouvant provenir de cette plateforme que les deux terrils furent réunis.
Delta 3 est installé sur l’ancien carreau de la fosse 10.
Fait plutôt rare, celle‑ci était dotée d’une tour d’extraction en béton armé. Un lavoir et une usine à boulets complétaient les installations. La fosse cessa d’extraire le 21 décembre 1990, et le site fut entièrement rasé l’année suivante.
Après dix ans d’assainissement des terrains, la plateforme Delta 3 fut inaugurée le 12 septembre 2018. Elle répondait à la nécessité de relocaliser les activités logistiques jusque‑là installées à la gare Saint‑Sauveur de Lille.
Contournons maintenant le terril par l’est. Et je me tais…
Vous comprendrez mieux, ici, le rôle joué par le terril dans l’atténuation des nuisances sonores. Bon, mais pour ça, il faut que vous vous taisiez aussi, hein !
Derrière le terril, le chemin descend jusqu’à une zone humide, sans doute une réminiscence du marais qui occupait les lieux avant que l’activité minière ne vienne tout chambouler.
J’imagine que, tôt le matin, depuis l’observatoire, on doit pouvoir y observer une faune nombreuse. Mais pour l’heure, on se contentera de l’ondulation des roseaux jaunis par l’hiver.
Le chemin rejoint ensuite le Courant de la Motte, que nous longeons jusqu’à revenir au Chemin du Tordoir.
Ici, une parenthèse s’impose : des travaux de renaturation du cours d’eau ont été menés, entraînant une modification complète des chemins. Le circuit ne correspond donc plus à ce qui est proposé dans le TopoGuide de la FFRP, le balisage n’a pas été mis à jour, et même les cartes topographiques ne reflètent pas encore la nouvelle configuration, à l’heure où j’écris ces lignes.
Il n’est toutefois pas possible de se perdre : il suffit de longer le cours d’eau, qui borde d’abord la Cité de la Justice, puis la Cité des Bonniers. Ces deux cités furent bâties après la nationalisation de la Compagnie des mines de Dourges, en 1946.
La fin est proche… du chemin, s’entend… et elle est simple. Il suffit d’emprunter le petit sentier parallèle au Chemin du Tordoir, en direction de la fosse 9‑9bis.
De la découverte du charbon, au puits de Madame De Clercq, jusqu’à la fosse 9‑9bis, là où s’est achevée l’épopée minière dans le Pas‑de‑Calais, la boucle est ainsi bouclée. Dans tous les sens du terme.
Un siège majeur du Groupe d’Oignies
Creusée à partir de 1930, la fosse 9‑9bis — dite Declercq‑Crombez — est l’un des derniers grands charbonnages mis en service dans le bassin minier du Nord–Pas‑de‑Calais. Après la nationalisation de la Compagnie des mines de Dourges en 1946, elle devient l’un des sièges principaux du Groupe d’Oignies.
Un ensemble minier complet
Le carreau réunit les puits 9 et 9 bis, des bâtiments en béton armé revêtu de brique dans un style néo‑régionaliste, le terril 110 et la cité‑jardin De Clercq. Dans les années 1950, plus de 2 000 mineurs y travaillent quotidiennement.
La dernière berline du Nord–Pas‑de‑Calais
Le 21 décembre 1990, la dernière berline de charbon du département est symboliquement remontée au puits 9. L’épopée minière du Nord–Pas‑de‑Calais s’achève ici, sur ce site devenu emblématique.
Un patrimoine sauvé et reconnu
Menacé de destruction, le site est finalement inscrit puis classé Monument historique dans les années 1990. En 2012, il est intégré au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre du « paysage culturel évolutif », aux côtés de l’ensemble du Bassin minier.
____________________
Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ci-dessous que ça se passe :
Balisage du parcours :
Contrairement aux PR classiques balisés de traits jaunes, le sentier de Madame De Clercq utilise un balisage spécifique.
Le long du parcours, les changements de direction sont indiqués par des cubes de béton, tandis que des plaques de béton serties dans le sol jalonnent les sections rectilignes.
Pour ce PR, le marquage apposé sur ces cubes et plaques est rouge, ce qui permet de suivre facilement l’itinéraire malgré l’absence de balisage FFRP traditionnel.
Appréciation du parcours :
Une randonnée accessible et agréable, idéale pour une sortie en famille.
Le parcours alterne bois, terrils et zones humides sans difficulté particulière, et les chemins restent praticables en toute saison. Au‑delà de la balade, c’est aussi une immersion dans l’histoire minière : chaque étape raconte quelque chose, depuis la découverte du charbon jusqu’à la dernière fosse en activité du Pas‑de‑Calais.
Une boucle courte, variée, qui donne envie de revenir aux différentes saisons pour en saisir toutes les nuances.
Comment rejoindre cette randonnée ?
En voiture, l’accès est simple — on est à proximité de l’autoroute A1 — et plusieurs parkings gratuits sont disponibles sur le site.
Pour ceux qui viennent en transports en commun, la solution la plus pratique est de descendre à la gare de Libercourt. De là, les bus du réseau TADAO, gratuits, permettent de rejoindre Oignies : il suffit de descendre à l’arrêt Métaphone, juste au pied du site.
____________________
Vous souhaitez parcourir cette randonnée ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que je l'ai suivi :
____________________
Sauf indication contraire, les textes et les photographies présents sur ce blog sont la propriété exclusive de leur auteur. Toute reproduction ou utilisation, totale ou partielle, est interdite sans autorisation préalable.
GR®, GR® Pays et PR® sont des marques déposées de la Fédération Française de la Randonnée Pédestre. Leur utilisation sur ce blog est réalisée uniquement à titre informatif, sans but commercial, et dans le respect des droits de propriété intellectuelle.
Pour toute demande d’utilisation, veuillez me contacter via la page « Contact ».