Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Au départ de Bréville-les-Monts, cette boucle de 17 kilomètres nous emmène à la découverte de la Baie de l'Orne, entre campagne normande, marais, dunes et estuaire.
Une randonnée où les paysages changent sans cesse, des chemins arborés du bocage aux vastes espaces ouverts sur le fleuve et la mer. Mais cette balade est aussi un véritable voyage dans l'Histoire, des traces du Débarquement aux vestiges militaires qui jalonnent le parcours.
/image%2F5645987%2F20260713%2Fob_6ebca5_fresque-blog.png)
Et en détail :
Temps de lecture : 15 minutes
J'ai ouï dire que les Normands étaient un peu jaloux de voir deux randonnées bretonnes publiées sur mon blog. Ah, les rivalités entre ceux-là !
En tant que Belge, soucieux de la paix entre les peuples, je vais donc tenter de rétablir l'équilibre en vous proposant deux randonnées réalisées en Normandie lors d'un séjour récent à Caen.
La première, longue de 17 kilomètres, nous emmène dans la Baie de l'Orne, au départ de Bréville-les-Monts. Tout le monde est le bienvenu, même les Bretons... et les Flamands ! Les Wallons, eux, sont déjà représentés.
Nous y allons ?
Nous démarrons la randonnée à l'arrêt de bus « Mairie », route de Sallenelles, juste en face de la... mairie. Bravo, vous suivez !
À quelques pas de là, l'église Saint-Pierre attire immédiatement le regard. Peut-être pas tant pour l'édifice lui-même que pour le cimetière qui l'entoure.
Nous le contournons pour rejoindre le parvis de l'église. Celle-ci est relativement récente puisqu'elle a été construite en 1960. Simple, mais élégante.
Les cérémonies du 8 mai étant en cours, ce n'est pas aujourd'hui que je pourrai la visiter.
Nous poursuivons en longeant la place des Tilleuls. Simple, à l'image de l'église qui lui fait face, mais joliment bordée de... tilleuls ! Waow ! Vous êtes en forme, aujourd'hui !
Puis, la rue du Général Gale nous conduit déjà hors du village. Son nom évoque bien sûr les combats qui se déroulèrent ici dans les jours qui suivirent le débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944.
Les Allemands tiennent en effet Bréville-les-Monts pendant plusieurs jours avant que les Britanniques ne s'en emparent. Le front s'y fige alors durant plus de deux mois.
Ainsi donc, au bout de 500 mètres à peine, nous quittons déjà le village pour emprunter un superbe chemin traversant la campagne entre deux haies d'arbres. C'est très beau ! Ça commence fort !
On aurait pu croire que ce petit moment de bonheur s'arrêterait à la rue de Dolton, à Amfreville, mais non. Une voie verte a été aménagée à distance de la route qui nous conduit vers le village.
Nous n'y entrons pas directement. Nous suivons d'abord sa lisière vers la droite par une agréable allée arborée longeant une résidence relativement récente, avant de traverser celle-ci pour rejoindre la route de l'Arbre au Canu.
Nous quittons Amfreville vers le nord par une petite route asphaltée. Pas d'aménagement pour les randonneurs ici, mais pas de trafic non plus.
Au chemin du Moulin d'Eau, à Sallenelles, un panneau nous apprend qu'après le débarquement, quelques baraquements provisoires furent construits pour abriter les habitants sinistrés. Mais ce que j'ignorais, c'est que ces quartiers de baraques étaient surnommés les « villages nègres » durant la Première Guerre mondiale.
Vous voulez savoir pourquoi ? Eh bien, faites cette randonnée. Ben oui quoi, les choses doivent se mériter, aussi.
Et puis, d'ici, nous commençons à apercevoir l'estuaire de l'Orne. Ça, c'est autrement motivant !
Le chemin de la Ferme du Buisson — un sentier, en réalité — prolonge avantageusement la petite route asphaltée en descendant vers l'estuaire, que quelques trouées dans la végétation nous permettent encore d'apercevoir.
Cocasse : la ferme que nous découvrons sur la droite n'est pas la Ferme du Buisson, mais la Maison Blanche. Pas celle qui fait l'actualité depuis un an, si cela peut vous rassurer. Mais où se trouve la Ferme du Buisson, alors ? Mystèèère !
Le sentier aboutit rue André Pierre Marie et l’itinéraire, trouvé sur Komoot, nécessite ici une petite digression. La trace GPX recommande de partir à gauche jusqu’au carrefour après le panneau « Sallenelles », puis de revenir sur ses pas.
Je l’ai fait par curiosité, pour voir s’il y avait une raison à cela. Eh bien, c’est complètement inutile ! Il n’y a même pas la moindre vue sur l’estuaire.
Donc, en débouchant du sentier, traversez la route — prudemment, bien sûr — et bifurquez à droite sur la piste cyclable.
Ce faisant, nous entrons non seulement sur le territoire de Merville-Franceville-Plage, mais aussi sur celui de la Baie de l’Orne, qui a donné son nom à cette randonnée. Si nous sommes ici à l’abri du trafic automobile, il conviendra toutefois de rester attentif aux cyclistes. Comme lors de mon passage, ils peuvent être nombreux et rouler vite !
C’est d’autant plus vrai que notre regard est plutôt attiré par les Terrains François, un marais que j’imagine inondé à marée haute. Bon, je vous avoue que la vue est en deçà de mes attentes, mais patience : le meilleur est à venir, comme on dit.
Heureusement, nous abandonnons la piste cyclable au bout de 300 mètres pour pénétrer dans l’estuaire de l’Orne.
Dès l’entrée sur le sentier herbeux, on sent que quelque chose de plus enthousiasmant nous attend. Et, en effet, après une centaine de mètres, un premier observatoire nous accueille… pour découvrir un mince filet d’eau au milieu d’une mare asséchée ! Voilà, nous avons la confirmation : nous sommes bien à marée basse !
Une nouvelle centaine de mètres plus loin, nous faisons alors face à l’Orne, qui reste encore toutefois à bonne distance. Nous prenons à droite.
Deux sentiers courent parallèlement : l’un sur la digue, l’autre au pied de celle-ci. Vous conseiller de rester sur la digue serait… comment dire… vous prendre pour des ânes ? Enfin bref, vous savez ce que vous avez à faire, non ?
Bon, moi j’en suis un, d’âne, puisque je choisis d’emprunter le chemin du bas juste avant un belvédère ! Pas grave, j’y passerai au retour.
Nous continuons encore quelques centaines de mètres au pied de la digue - ou sur elle, à votre convenance - avant de bifurquer à gauche.
Sur notre droite, nous pouvons rapidement observer une retenue d'eau, le Gros Banc. Un peu plus loin, du même côté, un autre observatoire nous attend... mais pas sa population. C'est désespérément vide de toute vie animale. C'est toutefois joli.
Poursuivons. Le sentier contourne la digue qui protège le Gros Banc. Très vite, nous découvrons un autre observatoire. Pas plus de succès ici.
Mais tout s'explique : un panneau nous apprend qu'il y a davantage de chances d'apercevoir des phoques de juin à septembre. Pas de chance, nous sommes en mai ! Trop tôt !
Circulons, il n'y a rien à voir. Le sentier se rapproche progressivement de l'Orne...
Nous sommes maintenant au bord du fleuve. Toujours pas d'animal en vue, juste quelques bateaux à l'ancre.
Nous marchons dans le sable, comme à la plage. On aurait presque envie d'enlever ses chaussures et de marcher pieds nus. Mais beurk, ça colle aux pieds, le sable, et ça s'insinue entre les orteils ! Beurk ! Beurk !
Bon, cela dit, c'est probablement le plus beau passage depuis le début de cette randonnée.
Attention, les Bretons ont débarqué ! Prudence !
Ah ? Les Britanniques ? Ce n'est pas pareil ?
Trêve de plaisanterie. Le sentier grimpe sur la digue qu'il suit jusqu'à l'école de voile. Ceux dont l'estomac crie famine pourront s'y arrêter : il y a un restaurant.
Les autres pourront contempler l'estuaire, que notre position en hauteur permet de mieux apprécier. De l'autre côté du fleuve, on devine les installations du port de Ouistreham.
Le sentier s'infiltre alors entre le Banc des Oiseaux, interdit d'accès pour des raisons évidentes de protection de la faune avicole, et les dunes, avant de s'y enfoncer.
Nous découvrons alors successivement deux imposants bunkers, vestiges de la Seconde Guerre mondiale. Même s'ils sont aujourd'hui joliment - mais je laisse cela à l'appréciation de chacun - décorés de graffitis, ils nous rappellent, si nécessaire, que la paix n'a pas toujours régné sur notre continent.
Cap maintenant vers la mer, la Manche pour être précis. Le sentier nous emmène tout droit vers la plage... naturiste.
En suivant le chemin vers la droite, un peu trop banal à mon goût, on finit par aboutir à une autre plage. Je profite du lieu pour casser la croûte.
Quel lieu ? Non, je ne me mettrai pas à nu pour tout vous avouer.
De la plage, nous repartons plein sud pour nous enfoncer un peu plus à l'intérieur des dunes. Nous retrouvons la civilisation pour la quitter aussitôt.
Après l'école de voile Kite R Evolution, nous bifurquons en effet à droite pour emprunter, cette fois, un beau chemin serpentant à nouveau entre les dunes.
Bientôt, une superstructure émergeant de la végétation sur notre gauche intrigue.
Au fur et à mesure que nous avançons, le mystère s'éclaircit. Un rapide coup d'œil sur la carte nous révèle qu'il s'agit de la redoute de Merville.
Un sentier, hors du parcours de la randonnée, y conduit les curieux, dont je fais partie. La redoute est enchâssée dans les dunes et la vue en est forcément limitée. Mais nous sommes tout de même face à un bâtiment chargé d'une longue histoire.
Blottie dans les dunes de Merville-Franceville-Plage, la redoute est un petit fort côtier du XVIIIᵉ siècle, construit pour surveiller l’embouchure de l’Orne et prévenir les incursions anglaises. Son plan en fer à cheval, ses murs massifs et son implantation autrefois cernée par la mer en faisaient un verrou stratégique à l’entrée de l’estuaire.
Longtemps abandonnée puis presque ensevelie sous le sable, elle a fait l’objet d’une restauration patiente et exemplaire, récompensée en 2024 par le premier prix national des Rubans du Patrimoine.
Aujourd’hui, elle raconte à la fois la défense côtière sous l’Ancien Régime, les heures sombres du Mur de l’Atlantique et la lente reconquête du paysage par le vent et les dunes. Un lieu discret mais chargé d’histoire, où l’on mesure encore la force du littoral normand.
Une centaine de mètres au sud de la redoute, nous retrouvons le Gros Banc. Un jeune couple occupe l'observatoire. Je m'y infiltre.
« Oh ! Des phoques laineux ! »
Regards croisés. Fous rires.
Oui, ça va, je sais encore faire la différence entre des moutons et des phoques, hein.
Nous contournons cette fois le Gros Banc par l'est. Le chemin nous conduit à l'observatoire du Gros Banc. Pas un observatoire de plus, non, mais une imposante structure en bois nous permettant de contempler le marais de haut.
Enfin... s'il n'était pas fermé pour cause de défectuosité !
Continuons. Après un très beau passage en sous-bois, nous longeons le marais au plus près.
Puis nous retrouvons le chemin qui longe l'estuaire d'un côté et les Terrains François de l'autre. Vous vous rappelez ? Celui où nous avions le choix entre marcher sur la digue ou à son pied ? Non ? Celui où j'étais descendu juste avant d'atteindre un observatoire ? Bien sûr que ça, vous vous en souvenez !
Nous le suivons cette fois sur la digue jusque Sallenelles. Peut-être aurez-vous, comme moi, l'occasion d'apercevoir un ferry amarré dans le port de Ouistreham ? Mais surtout, la chance de parcourir cette section dans un sens à marée basse et dans l'autre à marée haute !
Bon, moi, ce n'était pas une question de chance, mais d'organisation, bien sûr ! Vous la croyez, celle-là ?
À Sallenelles, nous prenons la direction de l'Orne. Plus précisément de la Pointe de la Roque. La cohabitation avec les cyclistes reste de mise, en tout cas jusque peu après la Maison de la Nature et de l'Estuaire.
Car là, le parcours emprunte un sentier dans la prairie, sur la gauche. C'est d'autant plus une bonne idée que nous surplombons l'estuaire et profitons ainsi d'un meilleur panorama.
La Maison de la Nature et de l'Estuaire était un hôtel jusqu'en 1980, date à laquelle il fut racheté par le Conseil général du Calvados. Il s'appelait alors « Hostellerie du Canard Piqué ». Très prisée entre les deux guerres mondiales, on y venait de toute la région et même de Paris pour chasser le... canard.
Très bien, je vois qu'à ce stade de la randonnée, vous avez encore conservé une certaine lucidité.
1500 mètres : c'est la longueur de la ligne droite qui nous attend le long de l'Orne, que nous remontons. Il faut partager le chemin avec les cyclistes. Le souci, c'est que le partage n'est pas toujours réciproque. Prudence !
Ce qui est étonnant ici, surtout quand on regarde la carte, c'est le tracé rectiligne de l'Orne, alors que le canal de Caen à la Mer, qui lui est parallèle, serpente comme un cours d'eau naturel. Ils ne se seraient pas trompés à l'IGN ?
Soit. On pourrait craindre l'ennui sur une telle ligne droite, mais il y a suffisamment de distractions sur le parcours, comme la cale sèche que l'on devine sur l'autre rive, pour que ce ne soit pas le cas.
Nous abandonnons définitivement le fleuve pour nous diriger vers la Basse Écarde, un hameau d'Amfreville. Le paysage change complètement.
Si une haie d'arbres, sur notre gauche, nous empêche de jeter un œil sur le marais d'Amfreville, sur la droite les céréales n'attendent que le soleil pour dorer.
Du hameau, une route nous conduit en ligne droite jusqu'au centre du village, situé sur la colline. Outre la distance, c'est finalement la seule difficulté de cette randonnée.
Il reste moins de deux kilomètres. Ça sent la fin, ce moment où l'on n'attend plus rien et où l'on commence déjà à tirer le bilan.
Et pourtant, rue du Plain, nous ne pouvons manquer de tomber sous le charme... du Plain, une vaste esplanade s'étendant devant la mairie et l'église Saint-Martin.
Aujourd'hui, un cirque a investi les lieux. Le 6 juin 1944, ce sont les commandos du commandant Kieffer qui s'en emparent, venant du hameau de la Basse Écarde, exactement comme nous venons de le faire !
Une petite allée arborée nous conduit au monument inauguré face à l'église le 14 juillet 1944 en hommage à ces commandos. Un véritable défi lancé aux Allemands, qui se tenaient encore à seulement 300 mètres d'ici ! Un buste en bronze de Philippe Kieffer y a été ajouté le 6 juin 2019.
Un peu plus loin, rue des Champs Saint-Martin, dans le prolongement du Plain, un autre monument attire notre attention : celui de la ferme des commandos.
Jusqu'à la fin du mois de juillet 1944, la ferme qui lui fait face sert d'abord de cantonnement à plusieurs centaines de commandos, avant d'accueillir le Q.G. de la 1ʳᵉ Brigade de commandos.
Il ne nous reste plus maintenant qu'à rejoindre notre point de départ, à Bréville-les-Monts. Mais nous n'en avons pas fini avec les surprises pour autant.
Car, à hauteur de l'église Saint-Pierre, jetez un œil par-dessus le mur du cimetière. Vous devrez peut-être vous dresser sur la pointe des pieds. Vous apercevrez alors un mur abritant une statue.
Il s'agit d'une partie des ruines de l'ancienne église Saint-Pierre, datant du XVe siècle et détruite lors des combats du 12 juin 1944. Les Allemands l'utilisaient comme dépôt de munitions !
____________________
Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ci-dessous que ça se passe :
Appréciation du parcours :
Une très belle randonnée, particulièrement variée. En quelques kilomètres seulement, nous passons de la campagne normande à l'estuaire de l'Orne, des marais aux dunes, de la plage aux témoignages poignants de la Seconde Guerre mondiale. Les paysages évoluent sans cesse et les points d'intérêt ne manquent pas.
Certes, selon les saisons, les amateurs d'ornithologie ou de faune sauvage pourraient rester un peu sur leur faim, mais la richesse historique et paysagère du parcours compense largement cette éventuelle déception. Une boucle que je recommande sans hésitation.
Quant aux Normands, qu'ils se rassurent : avec une randonnée comme celle-ci, ils n'ont vraiment rien à envier aux Bretons.
Comment rejoindre cette randonnée ?
Le stationnement est assez limité à proximité du point de départ. La bonne nouvelle est que celui-ci se situe à l'arrêt « Mairie », à Bréville-les-Monts, desservi par la ligne de bus reliant Deauville à Caen du réseau NOMAD.
Une belle opportunité de découvrir cette randonnée sans utiliser sa voiture.
____________________
Vous souhaitez parcourir cette randonnée ? Elle est disponible sur Komoot via le lien ci-dessous :
Baie de l'Orne | randonnée pédestre | Komoot
Baie de l'Orne - niveau randonnée - Modéré. Voir ce Tour et d'autres similaires, ou planifiez le vôtre avec komoot !
https://www.komoot.com/fr-fr/smarttour/e1138335768/baie-de-l-orne
ou en scannant ce QR code avec votre téléphone :
/image%2F5645987%2F20260715%2Fob_8fd3d7_baie-de-l-orne.png)
Sinon vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que je l'ai suivi :
____________________
Sauf indication contraire, les textes et les photographies présents sur ce blog sont la propriété exclusive de leur auteur. Toute reproduction ou utilisation, totale ou partielle, est interdite sans autorisation préalable.
GR®, GR® Pays et PR® sont des marques déposées de la Fédération Française de la Randonnée Pédestre. Leur utilisation sur ce blog est réalisée uniquement à titre informatif, sans but commercial, et dans le respect des droits de propriété intellectuelle.
Pour toute demande d’utilisation, veuillez me contacter via la page « Contact ».