Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Cette sixième étape débute à Poligny, dont on quitte rapidement le cœur historique pour s’engager vers Vaux-sur-Poligny et découvrir son prieuré, témoin d’une riche histoire locale.
Le chemin se poursuit ensuite par la montée au promontoire rocheux du Dan, sur lequel se dresse depuis le XIXᵉ siècle une grande croix en fer forgé. De là, le panorama sur la plaine de la Bresse Comtoise est exceptionnel.
Après cette ascension, le parcours traverse plusieurs petits villages et hameaux — Plasne, Miéry, Les Bordes — avant d’aborder la traversée du Bois Touiller, une forêt calme et reposante.
Tout au long de l’étape, les sentiers se révèlent particulièrement soignés et spectaculaires, qu’il s’agisse du flanc sud de la reculée de Vaux, des passages boisés ou des vues dégagées sur le plateau jurassien.
La descente finale vers Passenans vient clore avec élégance cet itinéraire riche, varié, et souvent superbe.
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Et en détail :
Temps de lecture : 13 minutes
Avec près de 110 kilomètres parcourus jusqu’ici sur les 225 prévus, nous voilà à mi-parcours de mon périple sur l’Échappée Jurassienne. Et je suis toujours sous le charme de cette magnifique région du Jura, au moment de m’élancer sur la sixième des onze étapes que j’ai planifiées.
Celle‑ci, entre Poligny et Passenans, ajoutera une vingtaine de kilomètres au compteur. Une étape qui, au regard du profil affiché, ne sera pas non plus de tout repos, mais laisse augurer de beaux temps forts.
Je vous l’ai dit hier, j’ai établi mon camp de base à Lons-le-Saunier. J’arrive donc en train à Poligny. Comme les options sont limitées, nous rejoignons le cœur historique de la ville par le même itinéraire de liaison que la veille.
À hauteur de l’ENILEA — que je n’ai toujours pas photographiée ! Voir étape d'hier — nous empruntons toutefois à droite un passage sans nom à travers le campus, avant d’atteindre l’avenue de la Résistance.
Nous remontons l’avenue de la Résistance. À l’entrée de l’avenue de la République se dresse un monument aux morts. Mais avez-vous remarqué cette croix, là-haut, sur la montagne ?
Au bout de l’avenue, nous débouchons sur la jolie place des Déportés, l’un des cœurs commerçants de la ville.
Son nom rappelle un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale : le 17 avril 1944, plusieurs habitants furent arrêtés lors d’une rafle menée par les autorités allemandes, puis déportés vers les camps nazis. Certains ne revinrent jamais.
Outre la fontaine centrale, datant du XIXe siècle, la place accueille la statue du général Travot.
Né à Poligny en 1767, ce militaire s’illustre d’abord en Vendée, puis lors des campagnes au Portugal et en Espagne. Proche de Napoléon, il lui reste fidèle pendant les Cent-Jours. L’Empereur lui confie alors la mission de pacifier la Vendée, et le cite dans son testament comme un homme « brave et vertueux ».
Mais la Restauration le condamne à vingt ans de détention. Il meurt fou, en prison, en 1836. Son nom, gravé sur l’Arc de Triomphe, reste le témoin d’un courage que l’histoire a trop souvent relégué.
Nous quittons la place par la longue rue de Boussières, en direction d’une autre page d’histoire… bien plus ancienne encore !
Mais avant d’y arriver, pourquoi ne pas profiter d’un petit bain de nature ? Alors, bifurquons sur le chemin En de vers Vaux — oui, je sais, le nom est étrange, mais c’est bien celui qui figure sur la carte IGN — en direction de Vaux-sur-Poligny.
Vaux-sur-Poligny, ce micro-village d’environ 80 habitants — rattaché à Poligny depuis janvier de cette année — se trouve au cœur de la Culée de Vaux. Logique, me direz-vous.
Cette reculée est toutefois moins spectaculaire que celle des Planches, par exemple : ici, pas de falaises rocheuses à l’horizon, le relief est largement boisé.
Mais alors… quel est l’intérêt de venir jusqu’ici ?
L’intérêt se trouve là, juste à la sortie du village, de l’autre côté de la route de Champagnole.
On découvre d’abord le prieuré Notre-Dame. Ce qui attire l’œil en premier, c’est sans doute la toiture vernissée de l’église attenante, reconstruite entre 1863 et 1866. L’ensemble remonte à l’origine au XIe siècle, mais au fil des siècles, il a subi de nombreuses démolitions et reconstructions. Du bâtiment initial, il ne reste aujourd’hui que le mur et le portail sud de la chapelle.
À l’origine, il s’agissait d’un monastère bénédictin. Abandonné et partiellement détruit à la Révolution, il devient en 1822 un petit séminaire. Petit clin d’œil pour les amateurs du chanteur : Hubert-Félix Thiéfaine, jurassien de souche né à Dole, y étudia pendant quatre ans au début des années 1960. De 1966 à 2009, le site abrite un collège privé. Aujourd’hui, l’ensemble est propriété de la commune.
Quant au château, il fut construit dans la seconde moitié du XIXe siècle à l’initiative de l’abbé Petit, directeur du séminaire, sur l’emplacement de l’ancien moulin du prieuré. Il s’agit désormais d’une résidence privée.
Un dernier coup d’œil dans le rétroviseur vers le château… et nous voilà partis pour un nouveau paradis du randonneur !
Nous remontons d'abord le cours de la Glantine avant d'attaquer le flanc sud de la Culée de Vaux pour revenir vers Poligny par un sentier superbe. S’il grimpe un peu au départ, il se cale ensuite sur la courbe de niveau, avant de redescendre plus franchement à l’approche de la ville.
Mais l’effort est largement compensé par la beauté du parcours. Comme entre Salins-les-Bains et Arbois, l’odeur d’ail nous saisit rapidement : le flanc de la reculée est littéralement tapissé d’ail des ours. Puis, dans la partie exposée au nord, la mousse a colonisé les arbres, créant une ambiance étrange et presque silencieuse.
Si pour certains le bonheur est dans le pré, pour moi, il est ici.
Au bout de 2 300 mètres d’un parcours fabuleux, nous arrivons sous la Croix du Dan. Vous vous souvenez ? Cette croix qui attirait déjà notre regard hier ?
Mais pour y accéder, il faut le mériter : une barre rocheuse se dresse devant nous. Rien de très long — à peine 300 mètres d’un petit sentier de chèvre — mais l’ascension est raide. On passe de 386 à 514 mètres d’altitude : soit environ 43 % de dénivelé positif !
Là, ce n’est plus vraiment de la randonnée… mais presque de l’escalade ! Rassurez-vous, le passage n’est pas techniquement difficile. Et ce sera, sans conteste, l’effort le plus violent de l’étape.
La voici donc, cette Croix du Dan, haute de 12 mètres et réalisée en fer forgé !
Si certains l’associent à Poligny, elle se situe pourtant bien sur le territoire de Barretaine, tout comme le promontoire rocheux sur lequel elle fut érigée entre 1870 et 1871. À l’époque, ce promontoire portait d’ailleurs un autre nom : le rocher du Dent.
Depuis le belvédère, on profite d’un large panorama sur Poligny, et, dans une moindre mesure, sur la Culée de Vaux.
La plaine qui s’étale devant nous, c’est la Bresse Comtoise, dont nous avons parlé hier. Elle est largement irriguée par l’Orain, qui prend sa source ici même, à Poligny… juste sous nos pieds !
Le GR 59 se poursuit vers le sud-ouest, sur le plateau. Un autre point de vue est accessible depuis l’aire d’envol de la Fédération Française de Vol Libre. On poursuit ensuite en direction du parking.
Alors que j’y arrive, je croise trois jeunes, lourdement chargés. Mais bon sang, mais c’est bien sûr ! Ils sont venus pour s’élancer en parapente depuis l’aire d’envol ! Comme je n’ai jamais assisté à un décollage en vrai, demi-tour immédiat pour les accompagner.
Bon… on ne s’élance pas dans le vide en deux minutes. Entre les préparatifs, les caprices du vent… et l’arrivée d’un quatrième larron juste au moment où les trois premiers quittent enfin la terre ferme, je resterai finalement deux heures sur place.
Patient, je suis, non ?
Envol de parapentistes depuis l'aire d'envol de la FFVL à Poligny
Cette fois, plus de faux départ : en route pour Plasne !
L’itinéraire suit d’abord la D 256 sur environ 700 mètres, avant d'obliquer à gauche, à travers les bois, le long d’une barrière rocheuse. Encore un superbe passage en pleine nature… décidément, cette étape nous gâte !
À hauteur d’une carrière, l’ambiance change du tout au tout.
Nous prenons alors la direction de Mont — oui, c’est bien son nom. Pas Mont quelque chose, juste Mont — par un large chemin de campagne qui s’élève doucement au milieu des prés.
C’est là que nous franchissons le point culminant de l’étape, à 597 mètres d’altitude. Et la vue, depuis ici, porte loin… très loin sur l’horizon !
Nous arrivons rapidement à Plasne, un petit village d’environ 200 habitants, typique de la région. On y produit du Comté bio… mais ce n’est pas cela qui retient mon attention.
Après une descente sur un large chemin herbeux, nous quittons un instant le GR pour aller voir l’ancien lavoir du village, un peu à l’écart.
Construit en 1834, il accueillit jusqu’en 1905 les femmes du village, venues y laver le linge familial. Les hommes, eux, crurent bon de leur rappeler quelques préceptes… Jetez donc un œil à ce qui est gravé sur le linteau de la citerne.
L’autre curiosité du village, c’est l’église Saint-Donat. Érigée au XIIIe siècle, son clocher fut toutefois reconstruit en 1749. Mais ce qui m’interpelle surtout, c’est sa position : à l’écart du village, dans le hameau de Petit Plasne.
Une descente plutôt raide de 1 700 mètres nous conduit ensuite à Miéry. Le beau chemin de campagne serpente entre prés et bois, offrant au passage de superbes panoramas sur la région.
À Miéry, à l’angle du chemin du Curtil d’Osier et de la rue Principale, l’ancien local de pesage, transformé en aire de repos, invite à faire une pause.
Deux jeunes lycéennes m’y accueillent, et la conversation s’engage… ou devrais-je dire, s’éternise ? Nous passons en effet une bonne demi-heure à discuter de tout et de rien, dans une bonne humeur manifeste.
Comme quoi, ici, le bonheur ne tient pas qu’à la beauté des paysages !
La sortie de Miéry par la rue de la Perrière est tout simplement superbe. Les riverains partagent avec les passants leur passion des fleurs : il y en a partout !
Le chemin vers Les Bordes, un hameau de Saint-Lothain, est tout aussi enchanteur. Mais ici, c’est la nature qui nous régale… et l’Histoire qui s’invite, avec une borne exceptionnelle en bord de sentier. Elle devrait piquer votre curiosité — courez vite voir l’encart un peu plus bas !
En plein cœur du Jura, entre Miéry et le hameau des Bordes, une mystérieuse borne de pierre de 1731 attire l’attention du randonneur curieux. Ornée de trois fleurs de lys en relief, elle incarne le symbole royal de la monarchie française sous Louis XV.
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Ces bornes, appelées parfois bornes de corvée, avaient plusieurs fonctions :
👉 Délimitation des routes royales à entretenir par les paroisses locales.
👉 Marquage des territoires administratifs ou forestiers nouvellement organisés.
👉 Affirmation du pouvoir royal, les fleurs de lys représentant les armes de France.
Installées dans la foulée de la conquête de la Franche-Comté (1678), elles ont accompagné la structuration du réseau routier français. Celle-ci pourrait figurer dans les relevés du grand Atlas de Trudaine, véritable cadastre des routes royales du XVIIIe siècle.
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Juste avant d’entrer dans le Bois Touiller, nous traversons le hameau des Bordes. On y croise La Maison du Haut, un gîte d’étape devenu écolieu : compost, cuisine locale, four solaire…
Un endroit simple, engagé, qui marque la transition entre les vastes prés jurassiens et la forêt toute proche. Un autre coin de paradis.
La traversée du Bois Touiller est un nouveau moment de pur bonheur. On y arpente de très agréables sentiers, au cœur d’une forêt belle et apaisante. Une superbe façon de clore cette étape… avant la descente sur Passenans.
À Passenans, nous retrouvons le Revermont, cette bande de collines qui marque la transition entre la plaine et le massif du Jura, que nous avions quittée en grimpant vers la Croix du Dan pour rejoindre le premier plateau, au-dessus de Poligny.
L’arrivée de cette superbe étape est désormais toute proche.
Avant de rejoindre notre hébergement, il nous reste toutefois à rendre une petite visite à l’église Saint-Étienne, édifiée en 1836 dans un sobre style néo-roman.
Je ne pense pas l’avoir déjà fait dans mes précédents récits de randonnée. Peut-être est-ce le charme de cette étape qui provoque en moi une certaine euphorie… mais je ne peux résister à l’envie de vous partager mon hébergement de ce soir.
Je passe la nuit chez les Filles Tresy, une maison d’hôtes tenue par Nophert — une femme charmante, et non un homme comme le pensent souvent les clients avant de la rencontrer.
Il y a ici un peu des Pays-Bas, un peu d’Égypte aussi… mais ça, je laisserai à Nophert le soin de vous le raconter. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a surtout beaucoup d’humanité. Et c’est une superbe soirée passée en sa compagnie qui est venue clore cette journée extraordinaire.
Et elle n’est pas belle, ma chambre ?
Bonne nuit les enfants !
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Appréciation du parcours :
Une étape complète, riche et variée, qui alterne patrimoine, nature sauvage et efforts physiques notables. Le départ depuis Poligny permet une belle mise en jambe urbaine avant une immersion rapide dans la verdure, avec le détour vers Vaux-sur-Poligny et son prieuré.
Le sentier en balcon vers la Croix du Dan est un moment fort de la journée, aussi bien pour la beauté du parcours que pour l’intensité de l’ascension finale. Le panorama au sommet récompense largement l’effort.
La suite de l’itinéraire garde une belle dynamique, entre sous-bois, prairies ouvertes et villages typiques. L’alternance entre les ambiances naturelles et les découvertes patrimoniales (lavoir de Plasne, borne royale, église Saint-Étienne…) maintient un intérêt constant. La traversée du Bois Touiller offre un final paisible et très agréable.
Une étape exigeante à certains moments, mais toujours équilibrée et généreuse dans ses paysages. Parmi les plus belles depuis le début de l’Échappée.
Comment rejoindre cette étape ?
Pas de difficulté pour le départ : l’étape commence à la gare SNCF de Poligny, ce qui la rend facilement accessible.
La fin d’étape est plus délicate. Passenans n’est pas desservi par des transports en commun réguliers. Il faudra donc prévoir d’emporter dans son sac de quoi passer deux nuits en itinérance, car la situation se reproduira le lendemain.
Rien d’inquiétant toutefois : les hébergements ne devraient pas manquer le long du parcours.
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Vous souhaitez parcourir cette étape de l'Échappée Jurassienne ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que je l'ai suivi :
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