Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
L’étape démarre en trombe à Baume-les-Messieurs, entre abbaye clunisienne, ruelles historiques, cascades de tuf et grottes, un véritable festival pour le randonneur curieux.
La matinée file à toute vitesse, chaque pas offrant un spectacle différent, entre falaises impressionnantes et cours d’eau rafraîchissants.
Puis le parcours s’adoucit : on quitte la reculée et l’on parcourt chemins de campagne et traverse forêts, où les murets et cabanes en pierres sèches, si typiques du Jura, font défaut, donnant l’impression d’avoir changé de région.
Lons-le-Saunier apparaît enfin, entre patrimoine urbain et espaces verts, clôturant cette étape contrastée et offrant le plaisir simple de marcher et d’admirer le chemin parcouru.
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Et en détail :
Temps de lecture : 13 minutes
Je vous devais une réponse pour hier soir. Mon séjour au Presbytère allait-il encore me réserver quelques surprises, comme le reste de l’étape ?
La première, ce fut d’arriver en plein chantier. Mais ici, inutile d’attendre la fin des travaux : dans 10 ou 20 ans, ce sera sans doute toujours un chantier ! Jean-Louis Mandrillon déborde tellement d’idées pour aménager son Presbytère qu’il lui faudrait au moins deux vies pour toutes les réaliser. Qu’on se rassure : les lieux de vie et les chambres sont parfaitement aboutis. On peut même admirer la qualité des finitions : un vrai travail d’orfèvre.
La seconde surprise, ce fut la personnalité de Monsieur Mandrillon. Avec mes cinq compagnons d’Échappée, nous avons passé une soirée formidable, entièrement placée sous le signe de l’échange. Enfin… soyons honnêtes : nous étions plutôt dans la posture de ceux qui boivent les paroles.
La photo ci-dessous parle d’elle-même : on dirait la Cène (celle du 18 mai 2025), avec les disciples attentifs au Messie, assis en bout de table comme il se doit. Peut-être est-ce aussi pour cela que personne n’a osé le tutoiement, alors que Monsieur Mandrillon n’a que deux ans de plus que moi…
Quand je me lève ce lundi matin, mes compagnons sont déjà presque prêts à partir. On dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt… mais tout de même ! J’ai préféré profiter un peu plus longtemps du confort de ma chambre, et je ne le regrette pas.
Nous allons tous rejoindre Lons-le-Saunier aujourd’hui, mais pas avec la même approche. Eux filent directement vers la capitale jurassienne ; de mon côté, j’ai prévu un détour par la grotte de Baume-les-Messieurs. Rien de grave donc si nous prenons le départ séparément pour cette étape courte, une quinzaine de kilomètres seulement, au profil d’ours avachi.
Faire un plan, c’est bien… le respecter, c’est mieux. J’avais prévu d’arriver à 10 h pour la première visite guidée de la grotte. Il est 11 h quand je quitte Jean-Lou… pardon, Monsieur Mandrillon. Que dire ? Justement, il y a tant à dire avec lui. Quel personnage !
Allez, assez bavardé. On s’élance par la rue Saint-Jean, direction Baume-les-Messieurs. Ce n’était pas exactement prévu, mais la mairie a récemment aménagé un sentier qui longe la rive sud de la Seille, depuis un petit oratoire situé un peu plus loin du Presbytère. Bien mieux que de marcher au bord de la route !
Merci à Monsieur Mandrillon pour l’information, et merci à la mairie pour la réalisation.
Nous traversons donc la Seille. Et là, vous me direz : mais, prenant sa source à Ladoye-sur-Seille, n’est-ce pas dans la reculée de Blois-sur-Seille qu’elle coule ? C’est bien ce que tu nous as raconté hier, Baudouin, rappelle-toi !
Effectivement, cette rivière discrète semble hésiter sur ses origines. Les cartes IGN lui attribuent deux sources — à Ladoye-sur-Seille et à Baume-les-Messieurs — mais les documents officiels n’en reconnaissent qu’une seule, celle de Ladoye. Caprice du karst ou querelle de résurgences ? Le mystère reste entier.
Qu’importe, cela ne nous empêche pas de savourer le superbe décor qui s’offre à nous dès les premiers pas de l’étape.
À l'entrée de Baume-les-Messieurs, nous retraversons la rivière, dans un décor somptueux !
En à peine deux cents mètres, nous traversons le centre du village en direction de l’abbaye. Où que se pose le regard, les falaises calcaires imposent leur présence, au point de presque faire oublier le charme de cette cité labellisée « Cité de Caractère de Bourgogne-Franche-Comté » et classée parmi les « Plus Beaux Villages de France ».
Baume-les-Messieurs peut aussi revendiquer le titre de site clunisien grâce à son abbaye. C’est d’ici, en 909, que l’abbé Bernon partit avec douze moines — six de Baume, six de Gigny — fonder l’abbaye de Cluny à la demande de Guillaume II, duc d’Aquitaine.
Nous entrons d’abord dans la cour abbatiale. L’abbaye, sans doute érigée dès 869, connut plusieurs incendies et destructions. La plupart des bâtiments qui bordent aujourd’hui la cour datent ainsi du XVIe siècle. On y trouvait notamment le logement de l’abbé, à l’étage, à proximité immédiate de l’église.
La deuxième cour accueillait autrefois un cloître, détruit au XIXe siècle. Au centre subsiste encore une fontaine du XVIe siècle.
Aujourd’hui, des échafaudages masquent une partie des bâtiments. J’ai bien demandé aux ouvriers de les démonter, le temps de mes photos, mais ils se sont montrés peu coopératifs ! Résigné, je me suis donc dirigé vers l’église Saint-Pierre, qui ferme la cour au nord. Vous me suivez ?
L’édifice, construit au XIe siècle, est de style roman, même si des ajouts gothiques sont venus le modifier par la suite. Parmi les œuvres qu’il abrite, on peut admirer le célèbre retable de Baume, un triptyque flamand du XVIe siècle. Sculpté, peint et doré sur 25 panneaux de bois, il illustre la vie du Christ et occupe une place de choix dans le chœur.
Peut-être est-ce mon côté plus ascète qu’épicurien, mais j’aime cette simplicité des monuments romans, qui semblent à l’abri des épreuves du temps.
La troisième, et dernière cour, est la cour des chanoines. Aménagée au XVIIIe siècle, elle est bordée par leurs appartements. À cette époque, l’Église perd progressivement son rôle social et politique — on dit qu’elle est sécularisée — et les moines sont remplacés par des chanoines.
Nous quittons l’abbaye par l’arrière, en empruntant des ruelles au charme absolu. Vieilles pierres, détails discrets : tout invite à flâner. Je savoure ma chance d’être ici en basse saison. Je me refuse à imaginer la foule qui doit envahir le village en été !
« Pourquoi il rit, celui-là ? Il n’aime pas mon short ? »
Après avoir quasiment fait le tour de l’abbaye, nous retrouvons la Seille, entourés de paysages toujours extraordinaires. Mais vient bientôt le moment de la séparation… Est-ce elle qui nous abandonne, ou nous qui la laissons filer ?
Alors que la Seille s’échappe vers une reculée secondaire, nous remontons désormais la reculée de Baume, où coule le Dard.
Au départ, nous suivons la route sur environ 400 mètres. Après la chapelle Saint-Roch, un sentier plus discret nous entraîne au pied de la falaise, en direction de la source. Le chemin, très sauvage, est un véritable régal pour le randonneur.
Dans sa dernière partie, nous marchons presque au ras de l’eau. L’occasion de découvrir de petites cascades de tuf et de profiter de la fraîcheur du cours d’eau à mesure que nous nous rapprochons de sa source.
Et puis, c’est la première grande surprise du jour.
Après 1h30 sur les chemins, le Dard nous récompense d’une superbe cascade de tuf. Plus ou moins belle que celle des Planches-près-Arbois ? Difficile à dire… mais en tout cas, elle lui ressemble beaucoup !
Il est un peu moins de 13h quand j’arrive au pavillon d’accueil des grottes de Baume… et la prochaine visite ne part qu’à 14h ! Pas de souci, j’ai bien de quoi m’occuper pendant une heure, à commencer par déjeuner dans l’un des snacks installés sur le site.
Puis, plutôt que de m’attarder sur les jeux proposés, je choisis de mettre ce temps à profit pour revoir la cascade de tuf… mais sous un autre angle, en la découvrant par le dessus.
14 heures approche, il est temps de gagner l’entrée des grottes. Avec son grand escalier métallique à gravir, l’entrée intrigue. Que va-t-on découvrir au fond de l’anfractuosité que l’on distingue déjà d’ici ?
Réponse en fin d’article, pour un petit reportage – non exhaustif – sur les grottes de Baume.
La visite de la grotte dure un peu plus d’une heure. Il ne faut donc pas croire que nous abordons la suite de cette étape reposés : à la sortie, nous faisons face à la seule vraie difficulté du jour, l’ascension de la reculée jusqu’au premier plateau. Courte – seulement 400 m – elle est raide, car il faut gagner 100 m de dénivelé ! Pas neutre physiquement, donc.
Mais la montée en vaut vraiment la peine ! Deux fois même, car au‑dessus, deux belvédères nous attendent avec des panoramas à couper le souffle sur la reculée. La vue depuis le second est un vrai cadeau : elle récompense l'effort fourni après la montée, parfaitement dans l’axe de la reculée, avec le village de Baume‑les‑Messieurs niché à son extrémité.
La suite est moins enthousiasmante, pour ne pas dire plus banale. Trois kilomètres nous conduisent à travers le premier plateau jusqu’à l’entrée du Bois de Perrigny, d’abord sur une petite route asphaltée, puis par de jolis chemins de campagne.
Mais ici, ni murets, ni cabanes en pierres sèches… On n’a guère l’impression d’être dans le Jura, car ces éléments, si typiques et si présents la veille depuis Passenans, manquent cruellement pour donner ce charme si particulier.
Il en sera de même lors de la traversée du Bois de Perrigny jusqu'au point de vue de La Plaine. Une belle balade en forêt, la plupart du temps sur de larges chemins forestiers, sans supplément d'âme...
Même le panorama offert depuis La Plaine laissera sans doute plus d’un randonneur sur sa faim. Comme hier à la Croix de Beaumont, la végétation masque partiellement la vue que nous aurions dû avoir sur Lons‑le‑Saunier.
Posé au cœur du bassin lédonien, un site constitué de sept collines, Lons‑le‑Saunier s’est développé autour de ses ressources salines, dont la source Ledonia, connue depuis l’époque romaine.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les pentes de ces collines étaient également couvertes de vignes, mais le phylloxéra et la concurrence du sud de la France ont eu raison du vignoble local. Aujourd’hui, dans une démarche volontaire, les forêts recouvrent progressivement ces collines.
La descente du plateau se déroule dans la même veine que les kilomètres précédents. L’intérêt renaît toutefois lorsque nous passons ce qui ressemble aux culées d’un ancien pont. Y aurait-il eu une ligne de chemin de fer ici ? Mon petit doigt me dit que nous en reparlerons.
Depuis cet endroit, la vue s’ouvre également sur la vallée, de quoi nous sortir de la torpeur dans laquelle nous aurions pu sombrer !
Nous traversons Perrigny de haut en bas. Le village, non dénué de charme, a la particularité de posséder deux églises Saint-Jean-Baptiste : celle du haut, l’ancienne, et celle du bas, la nouvelle.
L’ancienne a été construite dans la première moitié du XVIIe siècle, mais en 1809, elle est jugée trop petite. En 1835, on la considère malsaine et mal située, des raisons qui mèneront à la construction d’une nouvelle église en 1845, plus bas donc.
Notez qu’à l’église du haut, le GR 59 remonte en direction du plateau, vers le sud. Mais comme, faute d’avoir trouvé un hébergement à Perrigny, je loge à Lons-le-Saunier, nous quittons ici l’itinéraire principal pour emprunter le GR 59 accès – GR 559. Il faudra malheureusement le reprendre en sens inverse demain matin pour retrouver le cours normal de l’Échappée Jurassienne.
Dans le bas de Perrigny, nous traversons la Vallière, rivière qui marque la limite administrative avec Montaigu. Nous suivons ensuite la liaison douce de la vallée de la Vallière, une initiative à saluer, lancée en 2021 par l’agglomération pour relier Lons-le-Saunier à Revigny. Le chemin, tracé à travers champs, offre une alternative paisible aux routes pour rejoindre Lons-le-Saunier dans le calme et en sécurité.
À l’approche de Lons-le-Saunier, le chemin rejoint la rivière et passe successivement sous la ligne de chemin de fer Mouchard – Bourg-en-Bresse puis sous le boulevard de Lattre de Tassigny, dans un décor de béton.
Un peu plus loin, le Parc des Bains nous offre un agréable moment de respiration au cœur de la ville. Ce passage au vert se termine avec le château des Thermes Lédonia, une institution à Lons-le-Saunier depuis 1892.
Ses eaux, très salées (300 g de chlorure de sodium par litre !), une fois diluées, sont recommandées pour le traitement de l’arthrose, mais aussi en dermatologie et pour de nombreuses autres pathologies.
Depuis les Thermes Lédonia, il reste un gros kilomètre pour rejoindre la gare.
Le chemin passe d’abord devant l’Hôtel de Ville de Lons-le-Saunier qui, curieusement, ne se trouve pas Place de l’Hôtel de Ville, puis devant l’Hôtel du Département du Jura, avant de s’achever sur le parking de la gare.
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Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ici :
Appréciation du parcours :
Une étape courte mais contrastée : départ spectaculaire à Baume-les-Messieurs avec abbaye, grottes et cascades, suivi d’un parcours plus tranquille à travers chemins de campagne et forêts, où le caractère typique du Jura se fait moins sentir.
Le patrimoine est au rendez-vous avec l’abbaye et les grottes, tandis que Lons-le-Saunier offre une belle conclusion urbaine.
Bref, une journée dense et variée, qui allie nature, patrimoine et balade sereine, parfaite pour profiter pleinement du Jura sans se presser.
Comment rejoindre cette étape ?
Baume-les-Messieurs n’est pas desservi directement par le train. La gare la plus proche est celle de Lons-le-Saunier, sur la ligne TER Dijon – Bourg-en-Bresse, qui propose aussi des correspondances vers Lyon ou Besançon. De là, on peut rejoindre Baume-les-Messieurs en taxi (10 km environ) ou grâce aux services de covoiturage locaux.
Lons-le-Saunier, terminus de l’étape, est bien desservie par le rail et permet un retour ou une poursuite aisée de l’itinéraire.
Un bus régulier relie également Lons-le-Saunier à Perrigny dans les deux sens : pour ceux qui poursuivent la randonnée au-delà de Lons, une option consiste à s’arrêter à Perrigny, prendre le bus pour rejoindre son hébergement à Lons, puis revenir le lendemain. L’idéal reste toutefois de trouver un logement directement à Perrigny, ce qui évite tout transfert.
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Visite des Grottes de Baume
Au pied de la reculée de Baume-les-Messieurs s’ouvre un monde souterrain qui ne manque pas de surprendre.
J’ai visité plusieurs grottes dans ma vie, mais je ne me rappelle pas en avoir vu avec une telle verticalité. Les salles s’élèvent à pic, comme pour refléter la hauteur des falaises au-dessus de la vallée.
C’est aussi ici que le Dard prend sa source, avant d'alimenter les cascades en contrebas. Quand il a beaucoup plu, la rivière jaillit de la paroi, sous la passerelle d’entrée. Ce n’était pas le cas lors de ma visite, mais rien que d’imaginer le spectacle suffit à rendre le lieu fascinant.
Ici, les stalactites et stalagmites se font discrètes : l’œil est attiré avant tout par l’ampleur des volumes et le jeu de lumière sur les parois calcaires.
Et puis, petite surprise : une chauve-souris accrochée à la paroi, immobile, rappelle que ces galeries abritent aussi la vie.
L’ensemble fait de la visite une expérience à la fois spectaculaire, tranquille et un peu mystérieuse, très différente des grottes plus “classiques” que l’on croise ailleurs.
Par ici la sortie !
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Vous souhaitez parcourir cette étape de l'Échappée Jurassienne ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que je l'ai suivi :
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