Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Une étape longue (33 km) et exigeante entre San Quirico d’Orcia et Radicofani, sans doute l’une des plus spectaculaires de toute la Via Francigena.
Après les brumes matinales du Val d’Orcia, le parcours traverse des hameaux pleins de caractère comme Vignoni et Bagno Vignoni, célèbre pour son bassin thermal. Ensuite viennent les “dunes vertes”, ces collines ondulantes héritées d’une ancienne mer pliocène, avant de longer le paisible Torrente Formone dans un décor de plus en plus sauvage.
La montée finale vers Radicofani, soutenue mais magnifique, se conclut par la découverte de sa forteresse millénaire, perchée sur son éperon basaltique. Une étape complète et inoubliable, à la fois physique, culturelle et grandiose.
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Et en détail :
Temps de lecture : 16 minutes (sans le bonus en fin d'article)
Après avoir fait relâche le week-end, nous voici, ce lundi, prêts à affronter une longue étape de 33 kilomètres entre San Quirico d'Orcia et Radicofani.
Bon, quand je dis relâche, ce n’est pas tout à fait vrai : le samedi, nous sommes retournés à Sienne pour un complément de visite. Je vous parlerai de nos découvertes en fin de récit. Et, comme vous le savez déjà, nous sommes aussi allés visiter Montalcino (voir en fin de récit du 12 avril si vous avez manqué ça).
Le dimanche, j’ai un peu procrastiné, tandis que Kévin, lui, est allé marcher de Ricorsi à Abbadia San Salvatore.
Il faut savoir qu’entre San Quirico d’Orcia et Acquapendente, deux voies sont possibles : celle que nous allons suivre aujourd’hui, par Radicofani, et une variante passant par Abbadia San Salvatore.
Laquelle conseiller ? Difficile à dire. Les deux premières étapes, de longueur et de difficulté similaires, ont un parcours commun jusqu’au kilomètre 23, à Ricorsi. Kévin a préféré la voie vers Radicofani, mais qu’en est-il de l’étape suivante jusqu’à Acquapendente ? N’ayant pas parcouru le tronçon Abbadia San Salvatore - Acquapendente, nous ne pouvons honnêtement répondre à cette question.
Prêts à nous accompagner pour la dernière étape complète en Toscane ?
En prenant le départ à proximité du Giardino delle Rose, nous dérogeons une fois de plus à notre habitude de repartir exactement du point d’arrivée de l’étape précédente. Rien qui devrait vous perturber.
Pendant que nous remontons la Via Giuseppe Garibaldi, j’en profite pour vous glisser quelques détails logistiques : aucun transport en commun ne dessert Radicofani. Nous partons donc pour deux jours avec le minimum vital dans le sac à dos, afin d’y passer la nuit prochaine au refuge communal.
Vous trouverez plus d’informations en fin de récit, dans le paragraphe "Comment rejoindre cette étape ?".
Nous quittons le village par la Strada di Ripa d'Orcia, et déjà la beauté du paysage nous subjugue. Sous la lumière du soleil levant, des brumes matinales enveloppent le Val d'Orcia de teintes pastel, nous rappelant que cette vallée est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
De l'autre côté du chemin, Montalcino nous accompagne discrètement. Comme c’est moins spectaculaire que le Val d'Orcia, on a tendance à garder la tête tournée vers la gauche.
Si, en fin de journée, on souffre de torticolis, on saura pourquoi.
Les trois premiers kilomètres offrent un décor absolument remarquable. Puis, un hameau fortifié surgit au-dessus de la végétation, captant immédiatement notre attention.
Ce hameau, c’est Vignoni. Si c'est d'abord la beauté du lieu qui nous arrête, son histoire, bien que discrète, mérite qu'on s'y attarde un instant.
Perché sur les hauteurs du Val d’Orcia, mentionné dès l’an mil comme possession de l’abbaye de Sant’Antimo, il passe ensuite entre les mains des comtes Tignosi, puis des puissants Salimbeni, avant d’être ravagé en 1362 par les Siennois. Partiellement reconstruit, il est transmis aux Sforza puis aux Chigi.
Et nous, nous considérons sa visite comme un privilège offert par la Via Francigena.
De là, le chemin descend dans la vallée. Perchée sur un promontoire calcaire, la tour de Tentennano, à Rocca d'Orcia, remplit son rôle de sentinelle depuis le XIIIe siècle, quand elle contrôlait les accès au Val d'Orcia depuis la Maremme.
En contrebas de Vignoni Alto, le chemin nous conduit naturellement vers Bagno Vignoni, où l’on retrouve un décor tout aussi singulier.
Ici, la place centrale est occupée par un vaste bassin thermal, alimenté depuis l’Antiquité par une source chaude à 49 °C. On ne s’y baigne pas, mais on y loge : c’est dans ce hameau que Kévin et moi avons passé le week-end, avant qu’il ne parte marcher vers Abbadia San Salvatore hier.
Un peu plus bas, le Parco dei Mulini dévoile une ingénierie médiévale étonnante : les anciens moulins, creusés dans la roche, fonctionnaient grâce à la constance de la source, même en été.
Au pied du Parco dei Mulini coule la Fiume Orcia, la rivière qui a donné son nom à cette superbe vallée qui nous régale depuis le départ de San Quirico.
Nous aurions dû la traverser par le Ponte Peruzzi, mais celui-ci est actuellement interdit à la circulation. Temporairement ? À l'heure où j'écris ces lignes (novembre 2025) le parcours officiel prévoit toujours sa traversée, en tout cas.
Nous voilà donc contraints de faire un détour par la route, mais ce n’est pas la mer à boire.
De l'autre côté de la rivière, à hauteur de Bagno Vignoni dont nous découvrons une nouvelle perspective, nous retrouvons un chemin de terre qui devient rapidement plus sauvage. Nous évoluons alors entre vignes, champs d’oliviers et maquis, sur le flanc de la colline au sommet de laquelle trônent Rocca d’Orcia et Castiglione d’Orcia.
De cette position surélevée, la vue sur le Val d’Orcia est imprenable.
Puis, après avoir tutoyé la Strada Provinciale del Monte Amiata, nous retrouvons un large chemin, plus conforme à ceux empruntés lors des dernières étapes.
La Strada del Pozzo, c’est le nom de ce chemin, descend vers le Torrente Onzola à hauteur de Castiglione d’Orcia qui joue à cache-cache avec nous. Heureusement situé sur la droite, voilà sans doute l’antidote au risque de torticolis.
Et il faudra qu'on se retourne subitement au détour du chemin pour qu'il se dévoile enfin complètement à nous !
Sur deux promontoires voisins, Rocca d'Orcia et Castiglione d'Orcia forment un duo défensif qui surplombe le Val d'Orcia. À Rocca d'Orcia, la tour de Tentennano, construite au XIIIe siècle, servait de poste de surveillance stratégique. Elle est aujourd’hui ouverte à la visite et offre un panorama remarquable sur les collines toscanes.
Une anecdote locale rapporte que Catherine de Sienne y aurait appris à lire et écrire durant un bref séjour dans la tour. Ce détail, souvent mentionné dans les chroniques, étonne autant qu’il intrigue, tant la sainte est connue pour ses lettres adressées aux puissants de son temps.
Castiglione d'Orcia, plus étendu, conserve une structure médiévale bien lisible, avec ses ruelles étroites et ses points de vue sur le Monte Amiata. Ancien fief des Aldobrandeschi puis des Salimbeni, il n’est pas traversé par l’itinéraire officiel de la Via Francigena, mais mérite un détour pour son patrimoine et sa situation.
Extraits de la vallée du Torrente Onzola, nous sommes saisis par l’ampleur du paysage, comme si les murs de la pièce dans laquelle nous jouions s’étaient soudain écartés.
Le relief s’adoucit, le regard porte loin, et l’impression d’espace contraste avec les passages plus encaissés des kilomètres précédents. Et là, on se sent tout petits…
Et puis, là, tout au fond, comme une pointe d'aiguille dépassant de la montagne, Radicofani ! Bon, ne nous emballons pas, nous sommes à peine à mi-parcours !
Ce n’est pas la chaleur qui me fait tourner la tête — le ciel est voilé, l’air presque doux.
Non, c’est l’immensité. Ce paysage qui s’ouvre sans fin, ces collines qui ondulent comme des vagues figées, ce silence qui semble absorber mes pensées.
Je marche, le regard perdu, le mouchoir noué sur le crâne comme un vieux marin échoué sur terre. Et me voilà à marmonner des jurons imaginaires : “Tonnerre de Brest ! Mille sabords !” — sauf qu’ici, pas de sabords, juste des oliviers et des sentiers.
Kévin, lui, avance d’un pas sûr. Il a ce calme de Tintin, ce regard clair qui ne s’émeut pas de mes élucubrations.
— Papa, tu divagues. Bois un peu d’eau.
Il me tend la gourde comme on tend une corde à un naufragé. Je m’assois sur une pierre, le souffle court, les collines dansent devant mes yeux.
— Tu crois qu’on va croiser Rastapopoulos à Radicofani ?
— Non, mais si tu continues comme ça, on risque surtout de croiser l’infirmier du refuge communal.
Je ris, malgré moi. Le désert vert m’a eu. Mais grâce à mon Tintin personnel, je reprends pied. Et la Via Francigena continue, avec ses dunes végétales et ses dialogues improvisés.
Entre Castiglione d'Orcia et Radicofani, le paysage semble onduler comme un désert de sable — sauf qu’ici, tout est vert. Ce relief singulier, à la fois doux et spectaculaire, cache une histoire géologique étonnante.
Il y a plusieurs millions d’années, durant le Pliocène, la mer recouvrait une grande partie de la Toscane. Les sédiments marins — argiles, sables, tufs — se sont lentement déposés, formant des couches épaisses que les mouvements tectoniques ont ensuite soulevées.
Ces dépôts ont donné naissance à des collines douces et arrondies, dont l’aspect rappelle les dunes d’un désert. Mais ici, la végétation méditerranéenne a remplacé le sable, offrant un contraste saisissant.
Depuis des siècles, les habitants ont cultivé ces terres : vignes, oliviers, céréales et cyprès ont accentué les lignes naturelles du relief. Le paysage est devenu une œuvre vivante, célébrée par les peintres de la Renaissance et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
En marchant vers Radicofani, on traverse ces dunes végétales avec le sentiment d’évoluer dans un tableau mouvant. Le regard porte loin, les collines se succèdent comme des vagues figées, et l’on comprend pourquoi cette portion de la Via Francigena est si mémorable.
Un peu après la mi-parcours, c’est cette fois la Via Cassia que nous tutoyons avant de repartir plein sud. De quoi constater que ce “désert vert” n’est pas si sec lorsqu’il faut traverser le Torrente Vellora à gué. Pas de quoi se mouiller le gros orteil, toutefois.
À Le Briccole di Sotto, nous découvrons la Chiesa di San Pellegrino. Rien d’extraordinaire a priori, vu la taille minuscule de l’édifice.
Et pourtant, elle existait déjà au Xe siècle, lorsque Sigeric est passé par ici. L’hospice dont elle faisait partie constituait alors une halte majeure sur la Via Francigena. Mathilde de Canossa, Philippe Auguste, roi de France, et même les troupes de Charles d’Anjou, en 1288, y séjournèrent. Tout de suite, ça lui donne une autre dimension !
Dans ce décor vert qui n’a rien d’un enfer — même si je me demande ce que cela doit donner en plein cœur de l’été, sans ombre — les passages à gué se succèdent…
À hauteur de la Podere Sant’Achille, nous retrouvons ce qui semble être l’ancien tracé de la Via Cassia. Marcher sur de l’asphalte n’a jamais été ma tasse de thé, mais ici au moins, la circulation automobile est réduite à néant. Et le paysage reste splendide — de quoi nous mettre du baume au cœur, s’il en fallait.
Petit à petit, nous nous enfonçons dans la vallée du Torrente Formone, jusqu’à Ricorsi…
Rappelez-vous : Ricorsi, c’est ici que les deux variantes de la Via Francigena se séparent. Ceux qui ont choisi de passer par Abbadia San Salvatore tournent à droite, tandis que les autres — comme nous — poursuivent tout droit sur le parcours historique.
Le panneau annonce encore 8 kilomètres jusqu’à Radicofani, mais comptez plutôt 10. Non, non, loin de moi l’idée de vouloir vous décourager, voyons !
Ici, nous retrouvons un chemin parallèle à la Via Cassia. Pendant trois kilomètres, jusqu’à la Podere San Giorgio, nous longeons le Torrente Formone, la limite administrative entre Castiglione d’Orcia et Radicofani, et la Via Cassia, jonglant avec ces trois lignes, passant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.
Le décor a complètement changé, et s’il fallait encore une raison d’aimer cette étape, la voilà.
Depuis la Podere San Giorgio, sept kilomètres nous séparent encore de Radicofani, sept kilomètres de montée presque continue.
Une petite pause s’impose donc. Vous y trouverez de quoi vous désaltérer, et pour ceux qui souhaiteraient reporter au lendemain ce qu’ils pourraient faire le jour même, il est possible d’y loger !
Un endroit charmant, en tout cas.
Comme je l'écrivais juste avant la pause, on monte quasi continuellement vers Radicofani. On peut toutefois distinguer trois sections : sur la première, nous empruntons sur 1700 mètres un chemin empierré où nous rencontrons les portions les plus ardues.
Le paysage, qui s’ouvre notamment sur le Monte Amiata au loin, aide toutefois à oublier un peu l’effort.
Ensuite, sur environ 2,5 kilomètres, nous longeons la Strada Provinciale di Sarteano. La montée se fait plus douce — on redescend même un peu — mais le paysage, lui, se durcit. Les collines perdent leurs rondeurs, comme taillées cette fois à la hache.
Jusqu’ici, Radicofani n’était qu’une silhouette sombre perchée sur la montagne ; désormais, ses contours se précisent. On a hâte d’y arriver !
La dernière section offre encore un visage différent. Le chemin s’écarte de la vallée, s’enfonce dans la végétation, mais grimpe davantage aussi. C’est sûr, atteindre Radicofani à pied se mérite. Mais quelle récompense, ce paysage !
Nous traversons Radicofani par la rue principale jusqu'à l'Office de Tourisme, à l'autre extrémité. C'est là que nous devons récupérer la clé du refuge communal où nous passerons la nuit.
Perché sur les hauteurs du Val d’Orcia, le village occupe depuis le haut Moyen Âge une position stratégique sur la Via Francigena.
Mentionné dès le IXᵉ siècle, il devient rapidement un poste frontière entre la Toscane et les États pontificaux, convoité par les puissances locales pour son rôle de vigie. Contrôlé successivement par les Carolingiens, les comtes de Santa Fiora puis par le Saint-Siège, il voit défiler pèlerins, marchands et armées, s’imposant comme un point de passage incontournable. Ce rôle de verrou territorial façonne son histoire, faite de surveillance, d’alliances et de résistances.
Mais Radicofani ne serait pas tout à fait Radicofani sans l’ombre d’un personnage aussi redouté que romanesque : Ghino di Tacco. À la fin du XIIIᵉ siècle, ce brigand noble s’empare de la forteresse et transforme le village en théâtre d’une légende qui marquera les esprits bien au-delà des frontières toscanes…
Au tournant du XIVe siècle, Radicofani devient le repaire d’un personnage aussi redouté que romanesque : Ghino di Tacco. Issu d’une famille noble siennoise, il se rebelle contre les autorités florentines et papales, se fait brigand par vengeance, et s’empare de la forteresse en 1297.
Depuis son bastion perché, il rançonne les voyageurs de la Via Francigena, mais avec un sens de l’honneur singulier : il épargne les pauvres et traite ses prisonniers avec courtoisie. Cette réputation de brigand chevaleresque lui vaut d’être immortalisé par Dante dans la Divine Comédie et par Boccace dans le Décaméron.
L’anecdote la plus célèbre le met aux prises avec l’abbé de Cluny, qu’il enlève pour obtenir réparation d’une injustice. L’abbé, bien traité, finit par intercéder en sa faveur auprès du pape Boniface VIII, qui lui accorde le pardon et le nomme même chevalier de l’ordre hospitalier.
Une réhabilitation digne d’un roman, qui fait de Ghino di Tacco une figure emblématique de la Toscane médiévale.
Il est 18h quand nous sommes installés au refuge, encore temps de monter à la citadelle. Car ce qui est fait n'est plus à faire, et que, demain, une longue étape nous attend encore.
La Rocca di Radicofani domine le paysage toscan depuis plus d’un millénaire, perchée sur un éperon basaltique à près de 900 mètres d’altitude. Édifiée à l’époque carolingienne, elle devient rapidement un bastion stratégique sur la Via Francigena, contrôlant les passages entre la Maremme, le Val d’Orcia et le Latium.
Passée sous l’autorité du Saint-Siège au XIIᵉ siècle, elle est plusieurs fois remaniée, notamment par les Siennois puis par les Médicis, qui la transforment en forteresse bastionnée au XVIᵉ siècle.
Symbole de pouvoir autant que de résistance, aujourd’hui restaurée, elle offre un panorama spectaculaire sur les collines environnantes et conserve les traces de son passé militaire, entre remparts, souterrains et légendes.
N'est-ce pas une belle façon de conclure cette étape ?
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Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ici :
Appréciation du parcours :
Une des plus belles étapes de la Via Francigena jusqu’ici. Jamais je n’aurais imaginé, en quittant Calais, trouver de tels paysages en chemin. Du Val d’Orcia encore enveloppé de brumes matinales jusqu’aux pentes de Radicofani, tout ici semble taillé pour émerveiller le marcheur.
Entre villages fortifiés, collines ondulantes, moulins creusés dans la roche et “dunes vertes” baignées de silence, les contrastes s’enchaînent sans rupture, dans une harmonie rare.
Certes, il y a bien un court passage asphalté sur l’ancienne Via Cassia, mais il paraît bien insignifiant au regard de ce que cette journée offre.
Une étape exigeante, oui, mais à la hauteur de tout ce qu’elle promet : la Toscane dans ce qu’elle a de plus grandiose, et une arrivée à Radicofani qui vaut vraiment chaque pas.
Comment rejoindre cette étape ?
San Quirico d’Orcia se trouve sur la route SR2 Cassia, entre Pienza et Siena. Pour s’y rendre en transports en commun, il est possible de prendre un bus régional depuis Siena. Attention, les liaisons ne sont pas très fréquentes : mieux vaut consulter les horaires à l’avance.
Si vous êtes motorisé, vous pouvez vous garer à Acquapendente et prendre ce même bus régional pour rejoindre le point de départ de l’étape, près du Giardino delle Rose, à San Quirico. Radicofani n'est pas desservi par les transports en commun. Si vous prévoyez de vous y arrêter, il faudra impérativement organiser un plan de navette pour rejoindre San Quirico ou Acquapendente selon l’option choisie.
Si vous poursuivez à pied le lendemain jusque Acquapendente, le refuge communal de Radicofani, où nous avons passé la nuit, permet de sécuriser votre étape et de vous reposer avant la suivante. Il est nécessaire de récupérer la clé à l’Office de Tourisme du village et de vérifier son horaire de fermeture.
À l'arrivée à Acquapendente, vous pourrez récupérer votre voiture ou reprendre le bus vers la destination de votre choix.
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Escapade sainte à Sienne
Le samedi précédent notre départ de San Quirico, nous avons profité d’une journée pour revenir à Sienne et compléter notre découverte de la ville.
Nous avons d’abord visité la Cattedrale Santa Maria Assunta.
Construite à partir du XIIIᵉ siècle sur les fondations d’une ancienne église romane, elle mêle avec audace les styles roman toscan et gothique. Sa coupole fut achevée en 1264, tandis que la façade, remaniée par Giovanni Pisano, témoigne de l’influence grandissante de l’art gothique.
Au XIVᵉ siècle, les Siennois rêvent d’un agrandissement monumental qui ferait du Duomo la plus vaste cathédrale chrétienne : un projet interrompu par la peste de 1348, dont subsistent aujourd’hui les vestiges du « Duomo Nuovo » (visibles sur les deux dernières photos ci-dessous).
À l’intérieur, l’architecture impressionne par sa monumentalité et son équilibre. La nef centrale, bordée de colonnes zébrées de marbre noir et blanc, guide le regard vers la coupole et le chœur, tandis que les nefs latérales offrent une perspective plus intime sur les chapelles et les détails sculptés.
La chaire, chef-d’œuvre de Nicola Pisano, attire immédiatement l’attention : ses reliefs narratifs, d’une finesse remarquable, illustrent des scènes bibliques avec une intensité presque théâtrale.
Mais c’est en baissant les yeux que l’on découvre l’un des trésors les plus singuliers du Duomo : son pavement de marbre.
Réalisé entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle, ce gigantesque ensemble de fresques au sol constitue une œuvre collective unique en Europe. Chaque panneau, exécuté selon la technique du graffito ou de la marqueterie de marbre, illustre des épisodes bibliques, allégoriques ou philosophiques.
Parmi les plus célèbres, on trouve la Sibylle de Cumes ou la Massacre des Innocents, dont la puissance graphique et la précision du trait rivalisent avec les plus grandes fresques murales.
Ces scènes, longtemps dissimulées sous des tapis pour les préserver, sont aujourd’hui visibles à certaines périodes de l’année, offrant au visiteur une expérience esthétique rare et immersive.
Les deux photos ci-dessous ne donnent qu’un aperçu de cette richesse : ce sont les panneaux qui m’ont le plus marqué lors de notre visite.
Après une telle immersion, difficile de quitter les lieux sans prolonger l’émerveillement.
La cathédrale de Sienne reste, à ce jour, l’un des plus beaux monuments que j’aie eu la chance de visiter — peut-être même le plus beau, à égalité avec la Certosa di Pavia, découverte plus au nord sur la Via Francigena.
Pour prolonger cette parenthèse artistique, nous avons poussé la porte du Museo dell’Opera del Duomo, situé juste à côté.
Dès les premières salles, on découvre des œuvres majeures de la peinture religieuse : retables, polyptyques, et fresques qui témoignent du raffinement de l’école siennoise.
Parmi les plus célèbres, la Maestà de Duccio di Buoninsegna, immense panneau peint au début du XIVᵉ siècle, attire tous les regards.
Le musée conserve également des sculptures de Giovanni Pisano, des fragments de la façade, et des éléments décoratifs retirés pour les préserver.
Ces pièces permettent de mieux comprendre la richesse sculpturale du Duomo et le travail des maîtres artisans.
Depuis l’étage, une salle donne accès au belvédère du Facciatone. La vue sur la cathédrale, la ville et les collines environnantes est spectaculaire. On mesure ici l’ambition des Siennois au XIVᵉ siècle, et l’on imagine ce qu’aurait été le Duomo achevé.
Avant de quitter le musée, une dernière salle nous surprend : la chapelle San Niccolò in Duomo.
Son décor baroque foisonnant — stucs, dorures, fresques — tranche avec la sobriété du parcours précédent. Nichée dans l’aile du Duomo Nuovo, elle offre une ultime parenthèse artistique, presque théâtrale, avant de retrouver la lumière extérieure.
Après la pause déjeuner, nous avons poursuivi notre découverte du complexe monumental de Sienne en descendant vers le Battistero di San Giovanni.
Situé au pied du Duomo, ce baptistère gothique, construit entre 1316 et 1325, impressionne par sa façade inachevée et son intégration directe à l’abside de la cathédrale.
À l’intérieur, l’ambiance est plus recueillie, presque confidentielle. Malheureusement, le célèbre bassin hexagonal, chef-d’œuvre de la Renaissance réalisé par Donatello, Ghiberti, Jacopo della Quercia et Giovanni di Turino, était en travaux lors de notre passage, entièrement recouvert de bâches.
Nous avons donc porté notre attention sur les fresques de Vecchietta, qui ornent la voûte depuis le milieu du XVe siècle. Illustrant le Credo des Apôtres, elles déploient une intensité colorée et narrative qui prolonge, à leur manière, l’émotion ressentie dans le Duomo.
Pour conclure notre visite de Sienne, nous avons pris un peu de distance avec le centre historique en nous rendant à l’Oratorio di San Bernardino.
Situé sur les hauteurs du quartier San Francesco, ce lieu plus discret abrite pourtant de véritables trésors. À l’intérieur, les fresques du XVIᵉ siècle, réalisées par des maîtres siennois comme Sodoma ou Beccafumi, décorent les murs avec une vivacité étonnante.
L’oratoire accueille également le Museo Diocesano d’Arte Sacra, où sont exposées des œuvres religieuses provenant de diverses églises de la région. Ce dernier arrêt, plus calme et moins fréquenté, nous a offert une parenthèse paisible, presque méditative, loin de l’effervescence du Campo et du Duomo.
Avant de quitter l’oratoire, nous avons traversé le cloître attenant. Calme et baigné de lumière, il offre un contraste saisissant avec la richesse picturale de l’intérieur.
En quittant l’oratoire, nous avons entamé la remontée vers notre voiture, située à l’écart du centre historique. C’est du quartier du Collegio Tolomei, entre ruelles en pente et belvédères improvisés, que nous avons saisi quelques vues dégagées sur Sienne.
Sur le chemin du retour vers Bagno Vignoni, nous avons fait halte à Montalcino, dont la silhouette perchée nous avait accompagnés tout au long de l’étape du 12 avril. Cette visite, riche en découvertes et en panoramas, fait l’objet d’un reportage détaillé à la fin du récit de cette même étape.
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Vous souhaitez parcourir cette étape de la Via Francigena ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que nous l'avons suivi :
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