Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Cette étape relie Radicofani à Acquapendente sur un peu plus de 31 kilomètres, en empruntant la variante par Proceno. Après une longue descente depuis la forteresse de Radicofani, le parcours rejoint la vallée du Paglia avant de longer la Via Cassia, puis de s’en écarter pour éviter la route et profiter de secteurs plus calmes.
La traversée de Proceno constitue l’un des temps forts de la journée, avec son centre médiéval, son château, ses églises et de belles vues sur la campagne environnante. La fin de l’itinéraire alterne routes secondaires, chemins plus sauvages et passages asphaltés, avec quelques montées sensibles, notamment à l’approche d’Acquapendente.
Une étape longue, variée et exigeante par sa distance, mais riche en patrimoine et en paysages, qui marque une transition nette entre la Toscane et le Latium.
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Et en détail :
Temps de lecture : 13 minutes
Ce mardi, le temps a radicalement changé par rapport à la veille. Le ciel s’est couvert, et un vent glacial souffle à plus de 40 km/h sur la région. Une chose est sûre : l’adage « Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même » prend aujourd’hui tout son sens.
Nous quittons donc Radicofani après une nuit reposante au refuge communal, où nous avons d’ailleurs été rejoints par un cycliste engagé, lui aussi, sur la Via Francigena. L’étape du jour nous conduit jusqu’à Acquapendente, à un peu plus de 31 kilomètres.
Comme la veille, deux options s’offrent à nous. La voie historique, empruntée jadis par Sigeric, suit en grande partie la Via Cassia. L’autre, plus longue d’environ huit kilomètres, passe par Proceno. C’est pourtant cette variante que nous choisissons. Même si elle rallonge sensiblement l’étape, elle permet d’éviter de longs tronçons sur une route très fréquentée, peu agréable pour les randonneurs que nous sommes.
En route ?
Nous démarrons de la Porta Romana, à l’extrémité sud du village, d’où la vue s’ouvre sur la vallée, à nos pieds. Une vue qui aurait sans doute été remarquable si les nuages n’avaient pas si lourdement plombé le ciel.
Petite information qui aura son importance un peu plus tard : un bar jouxte la Porta Romana, où il est possible de prendre son petit-déjeuner… mais sans option de casse-croûte à emporter.
Au départ, nous croisons également deux randonneuses italiennes. Les échanges restent brefs et nous n’en saurons pas beaucoup sur leur itinéraire. Elles nous quittent d’ailleurs assez vite pour s’arrêter prendre leur petit-déjeuner dans un agriturismo.
Le chemin, large et empierré, est agréable et nous entraîne plein sud en direction de Ponte a Rigo.
Au détour du chemin, la vue vers Radicofani nous donne raison d’avoir visité la Rocca la veille, en fin d’étape. La forteresse est complètement dissimulée dans les nuages ! Imaginez la vue que nous aurions eue de là-haut dans ces conditions…
Après huit kilomètres de descente quasi ininterrompue dans un décor somptueux qui nous fait presque oublier le mauvais temps, nous arrivons à Borgo La Novella, un hameau de San Casciano dei Bagni niché au fond de la vallée du Rigo.
Borgo La Novella était, au XIIe siècle, un relais de poste où l’on changeait les chevaux des attelages avant d’affronter la longue côte qui mène à Radicofani — celle que nous venons tout juste de parcourir… en sens inverse.
La petite église Santa Maria di Villa Nuvola, fondée vers l’an 1000, a été reconstruite après un tremblement de terre et récemment rénovée.
Ensuite, pendant deux kilomètres, le chemin suit le fond de la vallée pour atteindre Ponte a Rigo. À l’entrée, nous découvrons à la fois le pont qui permet de franchir le torrent par la Via Cassia et la Chiesa di Santa Elisabetta d’Hungheria.
Leur histoire est intimement liée : l’église originelle fut détruite en 1945 lors des bombardements du pont. L’édifice actuel date de 1950, et un monument commémoratif rappelant ces événements est visible à proximité.
Ponte a Rigo est aussi un point de jonction important sur la Via Francigena. C’est ici que se rejoignent plusieurs itinéraires : celui de Radicofani que nous venons d’emprunter, la variante venant d’Abbadia San Salvatore, ainsi que les deux options menant ensuite à Acquapendente.
À l’arrivée sur la Via Cassia, on se trouve face à un carrefour en T : en prenant à gauche, on suit l’itinéraire historique vers Acquapendente ; en bifurquant à droite, on se dirige vers Proceno. C’est donc cette seconde option que nous choisissons.
Et puis, il existe encore une autre possibilité qui ne me serait même pas venue à l'esprit… À l’image de trois pèlerins italiens croisés au carrefour, on peut aussi tout simplement prendre le bus pour rejoindre Acquapendente ! À chacun sa manière d’envisager la Via Francigena, après tout.
Cela dit, en choisissant la variante vers Proceno, on n’échappe pas totalement à la Via Cassia, ni à la Strada Provinciale Traversa Cassia Aurelia. Mais l’exposition à la route y est tout de même bien moindre que sur l’itinéraire historique.
Après environ cinq cents mètres, nous quittons la Via Cassia et franchissons le Fiume Paglia. Un peu plus loin, sur la route provinciale, c’est cette fois le Torrente Senna que nous traversons.
La route s’élève ensuite progressivement et nous offre de belles vues, sur la droite, vers le Monte Amiata et les campagnes environnantes. Mais il est déjà midi passé, et nos estomacs commencent à se rappeler à nous. Ça tombe bien : une pancarte « RISTORANTE » nous invite à faire étape à la podere Sant’Apollinare… Damned ! Fermé !
Bon, en attendant meilleure fortune, nous puiserons dans les barres énergétiques que nous emportons toujours avec nous.
Arrivés au sommet, la route se poursuit tout droit à travers la campagne. Nous la suivons sur un peu plus d’un kilomètre. Ici, elle marque également la limite administrative entre la Toscane et le Latium…
Exactement à mi-parcours de cette étape, nous quittons la route provinciale vers l'est en direction de Proceno, et donc la Toscane pour le Latium.
L'étonnante Toscane devrais-je peut-être écrire, sans vouloir dénigrer les autres régions traversées. Car je pensais bien la connaître avant de la parcourir à pied sur la Via Francigena et pourtant, elle m’a encore réservé de superbes surprises, avec des paysages auxquels je ne m’attendais pas du tout.
C'est certain, sa traversée restera comme l'un des moments les plus marquants de mon périple...
Mais avez-vous remarqué comme le temps s'est éclairci ? Les nuages se sont déchirés, le soleil a fait son apparition et là, tout au loin sur l'horizon, la Rocca di Radicofani a enfin pu reprendre son rôle de sentinelle !
Pendant ce temps, nous nous enfonçons dans le Latium à travers les campagnes. Les montagnes de Toscane s’éloignent peu à peu.
Au bout de quatre kilomètres, nous atteignons une aire de pique-nique, qui nous rappelle que nos seules provisions restent nos quelques barres énergétiques. À proximité, une stèle évoque un autre souvenir…
Proceno et la Garde Suisse
En traversant le territoire de Proceno, on découvre une stèle érigée en 2006 pour célébrer les 500 ans de la Garde suisse du Vatican.
Pourquoi ici ? Parce que Proceno marque l’entrée dans le Latium, terre papale, sur la Via Francigena. C’est par cette route que les premiers mercenaires suisses rejoignirent Rome en 1506 pour servir le pape Jules II.
Depuis cette date, la Garde suisse veille sur le Vatican, symbole de fidélité et de tradition.
Pendant six kilomètres encore, nous poursuivons notre route en direction du village, sur une crête au profil digne de véritables montagnes russes. Oui, je sais, nous sommes en Italie, mais comme l’expression « montagnes italiennes » n’existe pas…
Quoi qu’il en soit, nous profitons toujours de belles vues sur les vallées alentour. L’ensemble reste agréable, même si le paysage se fait un peu moins spectaculaire et que le chemin de graviers cède progressivement la place à une petite route asphaltée à l’approche du village.
Nous arrivons à Proceno par le nord-ouest, du côté du cimetière. Bien que ses origines remontent à l’époque étrusque, Proceno est une petite commune médiévale de la province de Viterbe, située à la frontière entre la Toscane et le Latium.
Sa position stratégique sur la Via Francigena en a fait, dès le Moyen Âge, un lieu de passage important pour les pèlerins en route vers Rome. Le village a su conserver son charme d’antan, avec son château du XIᵉ siècle dominant la vallée et ses ruelles étroites.
Nous y entrons par la Porta Fiorentina (XIIIᵉ–XVᵉ siècle), avant de nous diriger vers le château, aujourd’hui transformé en auberge. Puis nous quittons brièvement l’itinéraire officiel de la Via Francigena pour rejoindre la Parrocchia SS. Salvatore, datant des XIIᵉ–XIIIᵉ siècles, à l’époque où Proceno dépendait des États pontificaux. Malheureusement, nous ne pourrons pas la visiter : des funérailles y sont en cours.
Nous n’aurons certes pas pu visiter l’église, mais le panorama que nous découvrons depuis la Via del Cotone ne nous aura pas échappé, lui ! La rue se présente comme un véritable balcon en bordure sud du village et offre une superbe vue sur la vallée du Torrente Stridolone, et bien au-delà encore. Un endroit à ne surtout pas manquer !
Nous retrouvons l’itinéraire de la Via Francigena à hauteur du Palazzo Sforza, un bâtiment emblématique de Proceno tant il est chargé d’histoire.
Édifié au XVIᵉ siècle par le cardinal Guido Ascanio Sforza, il incarne l’ascension des grandes familles italiennes sur la route des pèlerins. Depuis ses loggias, les Sforza dominaient la vallée du Paglia, accueillant princes et prélats en route vers Rome.
Aujourd’hui restauré, devenu propriété de la municipalité, musée et refuge pour les pèlerins de la Via Francigena, le palais demeure le témoin vivant d’une époque où Proceno occupait une position stratégique entre la Toscane et le Latium.
À la sortie du village, la silhouette austère de la Chiesa di San Martino rappelle la ferveur médiévale des lieux.
Édifiée au début du XIIIᵉ siècle, elle fut d’abord bénédictine avant de devenir, en 1258, la chiesa dei frati des Franciscains. Sa façade dépouillée, percée d’un portail en travertin et d’une rosace discrète, s’ouvre sur une nef unique au charme sobre, où subsistent encore des fresques et le souvenir des nobles qui y furent inhumés.
Autrefois attenante à un couvent aujourd’hui disparu, elle connut l’abandon après les suppressions napoléoniennes, avant d’être restaurée dans les années 1960.
Notre passage par Proceno ne nous aura pas permis de trouver de quoi calmer nos estomacs, qui commencent (?) sérieusement à crier famine. Heureusement, Acquapendente n’est plus très loin, et la descente vers le Torrente Stridolone ne nous aura pas obligés à puiser davantage dans nos maigres réserves.
Il reste encore un peu plus de trois kilomètres avant d’atteindre Acquapendente.
D’abord, la route s’élève doucement sur la Strada Provinciale Procenese avant de redescendre vers la Via Cassia. La vue est dégagée sur la vallée et permet encore d’embrasser du regard les hautes collines à l’horizon. Quelques vignes apparaissent çà et là.
Nous quittons cette route pour longer la Via Cassia par une petite voie asphaltée parallèle… et là, le ton change. La pente se fait plus franche, presque comme si elle cherchait à nous soutirer les dernières forces qu’il nous reste après cette longue journée.
Le décor, heureusement, aide à tenir. Le regard porte loin, sur un relief encore généreux, avant que le paysage ne se referme peu à peu. L’itinéraire devient plus sauvage. La végétation se fait plus dense, quelques affleurements rocheux apparaissent, et des vignes ponctuent le paysage.
On aperçoit aussi, au passage, les vestiges de la petite église de San Egidio, discrète et presque oubliée, envahie par la végétation à l’écart du chemin.
Puis, pour les derniers hectomètres, nous retrouvons brièvement la Via Cassia avant de la quitter définitivement. Un sentier plus étroit, au relief tourmenté, nous conduit enfin vers les premières maisons d’Acquapendente. La montée se fait plus raide, jusqu’à déboucher sur la Porta della Ripa, porte d’entrée de la ville.
Jusqu’au XIIᵉ siècle, on entrait à Acquapendente par la Porta Fiorentina, située sur la route de la pedata d’Orlando — l’empreinte de Roland en français. Selon la tradition, ce nom ferait référence à l’empreinte laissée dans la pierre par le célèbre chevalier de Charlemagne lors de son passage.
Le quartier des Tavernes accueille nos premiers pas dans Acquapendente, comme il accueillait autrefois ceux des pèlerins de la Via Francigena. Mais ce sont surtout l’hôpital Saint-Jean et la Chiesa di San Francesco qui attirent aussitôt notre attention.
L’hôpital Saint-Jean rappelle la vocation d’accueil qui fit d’Acquapendente une étape majeure sur la route des pèlerins. Fondé au Moyen Âge, il s’inscrit dans ce que l’on a appelé la « révolution de la charité », qui vit se multiplier, dès le XIIᵉ siècle, les maisons-Dieu le long des grands itinéraires de pèlerinage. Voyageurs, pauvres et malades y trouvaient un toit, des soins et un repas avant de poursuivre leur route vers Rome. Les lits n’étaient alors que de simples paillasses, et hommes et femmes partageaient de vastes dortoirs.
À deux pas de là, la Chiesa di San Francesco, consacrée en 1149 sous le nom de Santa Maria, prit son nom actuel lorsqu’elle passa aux mains des Franciscains en 1255, devenant alors le cœur spirituel d’un couvent très actif.
Nous remontons la Via Cesare Battisti jusqu’à l’angle du Corso Taurelli Salimbeni, où nous arrêtons officiellement le chrono. Mais, comme souvent, la randonnée ne s’achève pas tout à fait là : sur le chemin qui nous ramène à la voiture, nous prenons encore le temps de quelques photos sur la Piazza Fabrizio Girolamo.
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Si vous voulez revivre cette étape en vidéo 3D, c'est ici :
Appréciation du parcours :
Cette étape entre Radicofani et Acquapendente offre une belle variété de paysages et de situations. Après une longue descente vers la vallée, le parcours alterne routes tranquilles, chemins plus isolés et portions asphaltées, parfois un peu moins agréables mais inévitables. La traversée des campagnes toscanes, puis l’entrée progressive dans le Latium, donnent le sentiment de vraiment avancer, de changer de décor au fil des kilomètres.
La variante par Proceno permet de découvrir un village attachant et plusieurs sites intéressants, même si elle allonge sensiblement l’étape. Les derniers kilomètres, avant l’arrivée à Acquapendente, demandent un peu d’énergie, avec quelques montées bien marquées, mais restent accessibles.
Dans l’ensemble, c’est une étape exigeante par sa longueur, mais riche et équilibrée, qui combine patrimoine, paysages ouverts et passages plus sauvages, et qui mérite largement l’effort fourni.
Comment rejoindre cette étape ?
Comme expliqué lors de l’étape précédente, aucun transport en commun ne dessert Radicofani. À moins d’utiliser un service comme La Malle Postale et de changer de logement chaque jour, voici la solution que nous avons retenue :
Nous avons laissé la voiture sur le parking du Palazzetto dello Sport, Via Campo Boario, à Acquapendente, puis pris le bus jusqu’à San Quirico d’Orcia, à l’arrêt situé à proximité sur la Via Cassia.
Cela nous a permis de n’emporter que le strict nécessaire pour deux jours de randonnée et une nuit au refuge communal de Radicofani. À l’issue de ces deux étapes, nous avons pu récupérer la voiture pour rejoindre notre logement.
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Vous souhaitez parcourir cette étape de la Via Francigena ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que nous l'avons suivi :
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