Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Au départ de Campagnano di Roma, cette étape de 23 kilomètres emprunte d'abord de petites routes de campagne jusqu'au Santuario della Madonna del Sorbo, qui marque notre entrée dans le parc régional de Veio.
Formello nous rappelle ensuite l'influence des grandes familles italiennes dans l'histoire de la région, avant que nous ne retrouvions le parc régional et ses paysages naturels. Celui-ci dévoile alors ses vestiges étrusques comme le Ponte Sodo ou une curiosité plus récente telle que la Cascata della Mola di Veio, avant de rejoindre La Storta, banlieue annonciatrice de notre arrivée à Rome.
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Et en détail :
Temps de lecture : 11 minutes
La fin approche. Celle de notre périple sur la Via Francigena. Pas la nôtre, bien sûr. Pas la faim non plus, car c’est l’estomac bien calé que nous quittons Antonio et Roberta, nos hôtes depuis trois jours.
Leur accueil fut vraiment exceptionnel. Et ce matin, j’ai une pensée pour tous ceux et toutes celles qui m’ont hébergé tout au long de ces 100 étapes — en comptant celle de demain — entre Calais et Rome.
Mais ce n’est pas encore l’heure du bilan. Voyons plutôt ce que nous réserve cette étape de 23 kilomètres entre Campagnano di Roma et La Storta.
Lorsque nous prenons le départ depuis la Porta Romana, ce matin, le temps est froid et le ciel toujours gris. Le Corso Vittorio Emanuele, lui, s’est en revanche paré des couleurs de nombreux fanions, sans doute en prévision d’une fête dont nous ignorons encore tout… mais qui ne sera pas sans conséquence sur la suite de notre périple.
À proximité, la petite chiesa dei Santi Rocco e Sebastiano, édifiée entre le XVIe et le XVIIe siècle, a probablement donné son nom à la rue qui nous emmène désormais plein sud jusqu’aux limites de la ville. Un groupe de randonneurs nous précède, encore trop loin pour faire connaissance.
Dans son prolongement, la Strada di Maria Bona ne dispose pas d’accotement. Aussi, sur près de 200 mètres, empruntons-nous un étroit sentier qui court parallèlement sur sa gauche. À moins que ce ne soit là une façon de nous offrir un avant-goût de la nature que nous allons rencontrer tout au long de notre parcours ?
Nous retrouvons la petite route à hauteur d’une fontaine. Nous la suivons alors sur 2,5 kilomètres, d’abord à l’assaut du Monte Grazzano, avant de redescendre tout aussi franchement à travers la campagne.
Depuis les hauteurs, la vue s’ouvre largement sur la région. Le ciel, encore bien chargé au départ, commence pourtant à se dégager lorsque nous rejoignons le groupe de randonneurs aperçu un peu plus tôt. Ce sont des Bulgares partis de Montefiascone pour parcourir les 100 derniers kilomètres de la Via Francigena.
Nous enchaînons les petites routes de campagne jusqu’à atteindre la Strada del Sorbo, ce chemin de croix qui descend vers le Fosso della Mola di Formello. Là, nous quittons le territoire de Campagnano di Roma pour entrer sur celui de Formello.
Et c’est avec surprise que nous découvrons, au fond de la vallée, perché sur un promontoire, le Santuario della Madonna del Sorbo !
Niché dans une clairière du parc de Veio, sur les hauteurs de Formello, le sanctuaire de la Madonna del Sorbo est l’un des lieux spirituels les plus anciens du territoire. La tradition raconte qu’une image de la Vierge aurait été retrouvée dans un sorbier — sorbo en italien — donnant naissance, dès le Moyen Âge, à un ermitage rural devenu lieu de pèlerinage.
Reconstruit au XVe siècle, l’ensemble associe une église sobre et lumineuse à un ancien couvent qui accueillait ermites et religieux. Situé sur le chemin entre Campagnano et Formello, il constitue un carrefour naturel de la Via Francigena : un havre de silence et de pastorale où l’on retrouve l’atmosphère de la campagne romaine d’autrefois.
Quittant le sanctuaire, la petite route s’enfonce dans la vallée, entre des parois rocheuses, à travers la forêt. Une borne nous rappelle que nous sommes sur le bon chemin, même si le kilométrage affiché me semble optimiste. Qui vivra verra.
La forêt laisse place à une grande clairière, l’asphalte à un chemin sablonneux : nous sommes au lieu-dit Valli del Sorbo. En plein exercice militaire ! Vous ne les voyez pas ? Alors c’est qu’ils travaillent bien… ou que…
À la sortie de Valli del Sorbo, nous retrouvons une petite route asphaltée. Elle monte vers les premières maisons de Formello avant de replonger, Via Enrico Belloni, entre deux impressionnantes parois rocheuses. L’ambiance y est sombre, presque dramatique.
Via Umberto I, nous changeons de monde. Les façades colorées et fleuries affichent le charme des petites villes italiennes. La lumière nous éblouit presque, et ce ne sont pas les quelques pins parasols qui dominent le jardin communal qui y changeront quoi que ce soit. Mais nous n’allons pas nous en plaindre !
Nous passons sous un petit porche pour gagner la Piazza San Lorenzo. On y trouve notamment le Palazzo Chigi, qui accueille aujourd’hui les services culturels de la municipalité ainsi qu’un musée.
Les origines de ce palais remontent au XIIe siècle, lorsqu’il constituait encore un ouvrage défensif appartenant à la puissante famille Orsini. Transformé au fil des siècles, il adopte son apparence actuelle au XVe siècle avant de passer, en 1661, aux mains de la famille Chigi, autre grande lignée de l’histoire italienne, dont le nom est encore aujourd’hui associé au palais.
Jouxtant le Palazzo Chigi, la chiesa Madre di San Lorenzo Martire nous ouvre grand ses portes. Ses origines remontent probablement aux Xe et XIe siècles, même si l'édifice a connu plusieurs transformations au fil du temps, notamment avec l'ajout d'un clocher au XVe siècle puis de nefs latérales au XVIe siècle.
Sortis de l’église, nous traversons le cœur historique de la ville par la Via Venti Settembre, une étroite rue pleine de charme, typique des petites cités de la région. Mais ce n’est qu’en la quittant que nous réalisons qu’elle aussi est construite sur un éperon de tuf.
Formello se trouve au cœur du Parco regionale di Veio, qui se faufile même presque jusqu’au centre de l’agglomération. Nous en profitons pour nous en échapper par un chemin qui serpente au fond de la vallée.
Et plus nous nous en éloignons, plus le sentier se fait étroit, plus la végétation devient sauvage. Nous évoluons en pleine nature et pourtant, en regardant la carte, les habitations ne sont jamais très loin : rarement à plus de deux ou trois cents mètres, parfois même plus proches encore.
Nous profitons de ce superbe passage, peut-être le plus beau depuis le départ de l’étape, pendant deux kilomètres. La suite n’en est pas moins belle, même si nous alternons cette fois entre petite route asphaltée et chemin de terre, jusqu’au centre sportif de Formello.
Kévin a pris la poudre d’escampette. J’en profite pour faire une pause casse-croûte à hauteur du centre sportif.
Je ne reste pas longtemps seul : un couple de Suisses originaires de Zürich me rejoint. Ils sont partis de Lucca et vont jusqu’à Rome, avec tous leurs bagages sur le dos et sans avoir réservé le moindre logement ! Chapeau bas !
Nous continuons ensemble par des chemins de campagne jusqu’à l’entrée de la zone sud du parc régional.
Je suis finalement seul à m’enfoncer dans le parc, mes partenaires occasionnels préférant marquer une pause. En descendant vers le Torrente Cremera, le sentier traverse d’abord un bois jusqu’à un petit pont enjambant un ruisseau. Puis la végétation s’ouvre sur de magnifiques prairies teintées du rouge de milliers de coquelicots.
Sur la droite, environ 800 mètres après l’entrée du parc, l’horizon est barré par une butte boisée : elle abrite la nécropole des Quattro Fontanili, l’une des plus grandes nécropoles italiennes de l’Âge du Fer (IXe–VIIIe siècles avant J.-C.), découverte dans les années 1960. On y recense environ 650 tombes, mais nous n’en verrons rien : un panneau explique tout cela à hauteur du site.
Au fait, depuis notre entrée dans le parc, nous avons quitté le territoire de Formello pour celui du Municipio Roma XV. Et si j’ai perdu mes amis suisses, voilà que je retrouve Kévin pour un parcours enchanteur le long de la rivière, qui nous conduit à hauteur du Ponte Sodo.
Si un panneau posé le long du chemin ne nous en parlait pas, nous passerions sans doute sans nous rendre compte de sa présence... sous nos pieds. Car malgré son nom, le Ponte Sodo n'est pas un pont, mais un tunnel au travers duquel s'écoule le Torrente Cremera.
Pour le découvrir, il faut emprunter un étroit sentier à travers la végétation. Et ce que nous découvrons en descendant au niveau de la rivière est réellement impressionnant : un tunnel de 8 mètres de large, 7 mètres de haut et 76 mètres de long.
La surprise est d'autant plus grande que notre premier réflexe est d'y voir un ouvrage naturel façonné par l'érosion. Pourtant, il n'en est rien. Le tunnel a été creusé par l'homme, comme de nombreux autres dans les environs, à des fins d'irrigation ou d'alimentation en eau. Et cela à l'époque étrusque, avant même le Ier siècle avant J.-C. !
Nous regagnons le chemin principal. Il serpente joliment vers le sud pendant encore un kilomètre avant d'atteindre le Monte Campetti, l'un des nombreux sites archéologiques étrusques découverts dans le parc.
Bon, il faudrait avoir l'œil expert pour distinguer quelque chose de ce site. Ce n'est pas le cas des autres vestiges archéologiques situés plus bas dans la vallée du Fosso Piordo, que nous rejoignons maintenant à travers champs. Mais le temps nous manque pour les visiter et, de toute façon, ils sont fermés.
Quant à nous, aventuriers de la Via Francigena, c'est le regroupement général. Profitant de notre détour par le Ponte Sodo, nos amis suisses nous ont rejoints. En vue du sprint final de l'étape ? Le suspense est total !
La descente se termine de sublime façon en débouchant sur la Cascata della Mola di Veio, à Isola Farnese. Il ne s'agit pas en réalité d'une seule cascade, mais de deux, successives, résultant des aménagements liés au moulin construit au début du XXe siècle.
Si le doute est permis quant au caractère naturel de la première cascade, qui chute d'une vingtaine de mètres, il est immédiatement levé devant la forme concave parfaite de la seconde. Un véritable rideau d'eau du plus bel effet !
Nous sommes ici à un peu plus de 3 kilomètres de l'arrivée que nous nous sommes fixée, pour des raisons logistiques. Les 500 premiers mètres sont encore superbes, Via Riserva Campetti, lorsque la route s'extrait de la vallée entre des parois rocheuses.
Puis, Via dell'Isola Farnese, ça reste agréable même si nous sommes maintenant en agglomération. Mais ce sont de grandes villas de caractère, entourées de grands jardins arborés. La nature en ville, quoi.
À La Storta, avec la Via Cassia que nous suivons pendant le dernier kilomètre, nous retrouvons les inconvénients des grandes banlieues : une circulation importante, une urbanisation anarchique partagée entre commerces et habitations, des déchets sur les trottoirs, quand il y en a. Nous le savons, c'est ainsi et, de toute façon, il n'est pas toujours possible de l'éviter...
Quant au suspense du sprint final, il n'a tout simplement pas existé puisque nous terminons cette étape seuls. Que sont devenus nos amis suisses ? Mystère. Et ce n'est pas la Cappella della Visione, là où nous nous arrêtons, qui nous permettra d'y voir plus clair.
Si vous avez parcouru cette étape de la Via Francigena, n’hésitez pas à laisser un commentaire au bas de l’article pour partager votre expérience ou vos impressions sur le chemin.
Mais cette fête à Campagnano di Roma, alors ?
Eh bien, rendez-vous demain matin, au départ de la Cappella della Visione, et vous verrez.
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Si vous voulez revivre cette étape en vidéo 3D, c'est ici :
Appréciation du parcours :
Malgré une proportion de petites routes asphaltées assez élevée, une étape contrastée, avec une belle diversité de paysages entre campagne romaine, parc régional et zones urbaines.
La traversée du parc régional de Veio constitue le point fort de la journée car elle offre une séquence particulièrement riche. À l’inverse, l’arrivée à La Storta rappelle les réalités des grandes banlieues, avec un environnement plus dense et moins agréable à parcourir.
Au final, une belle journée de marche où l’approche de Rome ne se perçoit réellement qu’à l’arrivée.
Comment rejoindre cette étape ?
Si nous avons fixé l’arrivée de l’étape à la Cappella della Visione, c’est parce qu’elle se trouve à proximité de la gare de La Storta où nous avions laissé notre voiture le matin.
Rejoindre Campagnano di Roma en transports en commun depuis La Storta demande un peu d’organisation. La commune n’est desservie par aucune ligne de chemin de fer et il n’existe pas de liaison directe depuis La Storta. Il faut d’abord emprunter un bus jusqu’à Saxa Rubra, puis un second jusqu’à Campagnano di Roma.
Cela peut paraître compliqué au premier abord, mais le trajet reste tout à fait réalisable. Les horaires sont disponibles sur le site de la COTRAL.
Bien sûr, le plus simple reste encore de voyager comme les pèlerins, avec sa maison sur le dos.
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Vous souhaitez parcourir cette étape de la Via Francigena ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que nous l'avons suivi :
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