Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Plus que quatre jours de marche avant Rome ! Cette étape de 24 km entre Vetralla et Sutri longe le versant sud de l’ancien volcan de Vico et alterne agréablement forêts, chemins de campagne et vastes plantations de noisetiers.
Après un départ rapide dans la campagne et la découverte d’une fresque dédiée à la Via Francigena, le chemin traverse les noccioleti de la région avant d’offrir une surprise inattendue : les mystérieuses Torri d’Orlando, vestiges romains entourés de légendes.
La traversée de Capranica, perchée sur son éperon de tuf, précède l’une des plus belles portions de l’étape : chemins creusés dans la roche, passages forestiers et sentiers sauvages conduisent jusqu’à Sutri.
L’arrivée dévoile enfin la ville posée sur son promontoire volcanique et son spectaculaire amphithéâtre romain entièrement creusé dans le tuf. Une étape variée et riche en découvertes sur la Via Francigena.
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Et en détail :
Temps de lecture : 12 minutes
Après avoir consacré une partie de notre dimanche à la découverte de Viterbo et de ses monuments majeurs, nous voilà ce lundi matin au départ de la dernière ligne droite vers Rome. Avec l’étape Vetralla - Sutri, il ne nous reste plus que quatre jours de marche pour atteindre l’objectif final.
Le parcours, long de 24 kilomètres, ressemble assez à ce que nous avons vécu samedi. Cette fois, nous longerons le bas du versant sud du volcan de Vico, et déjà, la carte promet de jolis passages en pleine nature.
Allons voir cela sans plus tarder !
Nous démarrons de l'angle de la Via Cassia et de la Via dei Cappuccini, là où le bus en provenance de Sutri vient de nous déposer. Nous remontons cette dernière vers l'est. Très rapidement nous nous retrouvons dans les campagnes.
Au carrefour au bout de la rue, nous découvrons un petit sanctuaire composé d’un couvent et d’une petite église dédiée à saint Antoine de Padoue. Devant, une statue de saint Benoît trône paisiblement. Étonnante cohabitation, non ? Bon… Nous laisserons cela aux spécialistes. Ils auront ainsi de quoi alimenter leurs discussions pendant les vingt kilomètres restants.
À deux pas de là, sur la Strada Giardino, une fresque en trois tableaux attire notre regard. Avant que vous ne vous demandiez ce qu’elle représente, voici la réponse. À gauche, le départ de la Via Francigena depuis Canterbury. Au centre, son passage à Vetralla. À droite, l’arrivée à Rome.
L’œuvre, intitulée « Il cammino », a été réalisée en 2023-2024 grâce aux dons de pèlerins et d’habitants. Certains des personnages représentés sont d'ailleurs des marcheurs locaux aujourd’hui disparus. Cette fresque leur rend aussi hommage. C’est la plus grande que l’on trouve le long de la Via Francigena.
Nous poursuivons sur la Strada Giardino et découvrons, dans le hameau du même nom, la Chiesa del Cuore Immacolato di Maria. Moderne, elle est à peine plus grande qu’une chapelle. Et puisqu’elle est ouverte, entrons.
Nous, c’est simple : quand c’est ouvert, on entre.
Oh… c’est chez vous ? Pardon !
Nous traversons entièrement le hameau avant d’atteindre la forêt qui recouvre le flanc du Monte Fogliano, le plus haut sommet des Monti Cimini. Ils constituent l’ancien volcan de Vico.
Le vent est glacial. Nous marchons les mains dans les poches tant il fait froid.
Après près de trois kilomètres sur de petites routes de village, nous profitons enfin d’un beau chemin en lisière de forêt qui nous conduit à La Botte, un autre hameau de Vetralla.
« Il bosco non ha bisogno dell’uomo, è l’uomo che ha bisogno del bosco », nous annonce un panneau à l’entrée du bois.
Le bois n’a pas besoin de l’homme, c’est l’homme qui a besoin du bois... Si tout le monde pouvait comprendre cela…
À La Botte, nous empruntons brièvement l’asphalte avant de replonger dans le bois pour un nouveau passage très agréable. À cette occasion, nous quittons enfin Vetralla pour entrer sur le territoire de Capranica, où nous retrouvons la Via Cassia.
Ici aussi, nous n’empruntons l’asphalte que très brièvement, pour notre plus grand bonheur. Cela nous avait presque échappé, mais le décor a complètement changé. Nous évoluons désormais au milieu d’interminables plantations de noisetiers.
La zone Capranica – Sutri – Vetralla constitue en effet l’un des plus grands bassins de production de noisettes d’Italie, avec des milliers d’hectares de noccioleti.
Et puis, surprise : au milieu de ces noisetiers se dressent deux tours venues d’un autre temps. Mais que sont-elles ? Que font-elles là ?
Eh bien, lisez la suite… juste après les photos.
Trois tours à l’origine, deux encore visibles
Le site des Torri d’Orlando comptait autrefois trois tours : deux mausolées romains du Ier siècle av. J.-C. et la tour campanaire médiévale de l’abbaye Santa Maria in Campis. Aujourd’hui, seuls deux monuments se dressent encore : le mausolée le mieux conservé et la tour médiévale. Le second mausolée, très ruiné, n’est plus identifiable comme une tour.
Un lieu où l’histoire rencontre la légende
La tradition locale associe ces tours au paladin Roland (Orlando), héros des Chansons de geste. Une légende raconte qu’il serait né non loin d’ici, alors que sa mère Betta se rendait à Rome. Cette mémoire populaire, transmise le long des routes de pèlerinage, a contribué à la renommée du site.
Un repère sur la Via Francigena
Situées près de l’ancienne Via Cassia, les Torri d’Orlando forment un repère emblématique pour les marcheurs de la Via Francigena. Leur silhouette isolée, au milieu des noisetiers, illustre la superposition typique de la Tuscie : paysages agricoles, vestiges romains, mémoire médiévale et légendes carolingiennes.
Quelques centaines de mètres encore au milieu des noisetiers, et nous atteignons la Strada Provinciale Claudia Braccianese…
De là, nous faisons un petit crochet jusqu’à la Via Cassia, à Querce d’Orlando, où nous prenons la tangente. Pas au sens figuré !
La Strada Doganale Oriolese, un chemin de campagne, nous conduit ensuite à Capranica à travers les plantations. De quoi ? De noisetiers, bien sûr ! Il y en a à perte de vue. Et pourtant, le décor parvient à rester varié et le chemin agréable.
C’est encore plus spectaculaire après avoir croisé le chemin de fer pour la seconde fois, sur la Strada Valle dei Santi. Jamais, sur ces quatre kilomètres jusqu’à Capranica, nous ne nous serons ennuyés.
À Capranica, l’Antica Strada della Valle dei Santi nous conduit directement au cœur historique de la ville.
Déjà que le vent est glacial, voilà qu’en arrivant à la Porta Sant'Antonio, entrée de la ville historique, la pluie s’invite à son tour. Quoi qu’il en soit, il faut bien avancer.
Perchée sur un éperon de tuf au-dessus de la vallée, Capranica se divise en deux parties distinctes. La tour de l’horloge, seul vestige du château du XVe siècle, marque l’entrée de l’ancienne place forte qu’était la ville avant qu’en 1465 le pape Paul II n'en chasse la famille des Anguillara.
C’est en empruntant l’une des petites ruelles latérales que l’on apprécie le mieux sa position sur cet éperon de tuf.
Comme le Vicolo dell’Inferno, bien de circonstance aujourd’hui !
En remontant la Via degli Anguillara, la Chiesa San Giovanni Evangelista apparaît presque d’un coup, serrée entre les maisons, comme si la ville l’avait peu à peu absorbée. Sa façade néoclassique du XIXᵉ siècle donne sur une minuscule Piazza del Duomo. Et puisqu'elle est ouverte, entrons.
L’église actuelle remplace un sanctuaire médiéval où, en 1464, les habitants proclamèrent leur autonomie face aux Anguillara. À l’intérieur, une nef unique et lumineuse conserve deux témoins du passé : un baptistère de 1586 et un tabernacle du XVe siècle.
Cent cinquante mètres plus loin, dans la même rue, une seconde église se présente : la Chiesa Santa Maria, elle aussi du XIXᵉ siècle.
Sa façade, soutenue par quatre colonnes, lui donne une allure plus affirmée que San Giovanni Evangelista. À l’intérieur, le contraste est immédiat : le chœur est entièrement occupé par une fresque monumentale qui s’élève jusqu’à la voûte. Le décor, ample et vertical, surprend dans une église de cette taille.
La visite de l’église terminée, nous poursuivons la traversée de l’ancienne forteresse par la Via Castel Vecchio.
La rue file droit vers l’extrémité du bourg, où les maisons s’interrompent brusquement. Un petit chemin descend alors au pied des murailles. Nous dépassons la petite Chiesa San Rocco et rejoignons un parc, Strada Pogliere.
Un coup d'œil en arrière nous révèle, mieux que jamais, la position de Capranica sur son éperon de tuf.
Rejoindre Sutri depuis Capranica aurait été très simple — et bien plus direct — en empruntant la Via Cassia. Mais la Via Francigena nous réserve beaucoup mieux que ça.
Sur les premières centaines de mètres, la Strada Pogliere sillonne entre de hautes parois de tuf. C’est spectaculaire. Puis, nous progressons sagement entre noisetiers et forêt jusqu'à la Strada provinciale Capranichese.
Après un très court passage sur cette dernière, nous continuons à travers bois vers le sud‑est, comme si Sutri se refusait à nous, jusqu’au Fosso Mazzano.
À l’approche du cours d’eau, deux bancs semblent nous inviter à la pause, comme s’il fallait reprendre notre souffle avant d’affronter les près de quatre formidables kilomètres qui nous attendent avant l’arrivée à Sutri. Les photos parlent d’elles‑mêmes, mais quel bonheur d’évoluer dans un tel environnement. Bon, pas pour tout le monde…
Nous rattrapons en effet une Grenobloise égarée en vélo sur ce sentier parfois si étroit qu’il nous faudra porter sa monture pour la sortir de cette mauvaise passe. Que faisait‑elle là ? Son téléphone complètement déchargé, elle s’est résolue à suivre le balisage de la Via Francigena. Sauf qu’entre l’itinéraire pédestre et celui prévu pour les cyclistes, ce n’est pas toujours la même histoire. Mais soit : quel courage, d’autant qu’elle n’utilise même pas un vélo à assistance électrique.
Elle nous quittera sur la partie la plus roulante du sentier, à l’approche de Sutri, là où nous marcherons un moment de concert avec deux Italiens, un père et son fils. Bref, de chouettes rencontres dans un décor de rêve. Elle n’est pas belle, la vie ?
Bientôt apparaît une petite cabane posée le long du sentier, puis une fontaine. Visiblement, Sutri n’est plus très loin.
Et en effet, au détour du chemin, la ville surgit, installée sur son promontoire de tuf volcanique. Ce relief se lit d’autant mieux que, contre toute attente, la Via Francigena ne traverse pas cette ville médiévale mais la longe par la Via Cassia, au pied des murailles qui l’entourent encore aujourd’hui.
Ce matin, nous avions laissé la voiture sur le parking situé au croisement de la Via Cassia et de la Strada provinciale Ponte Rotto, à l’extrémité est de la ville, pour prendre le bus à destination de Vetralla. Nous aurions donc très bien pu arrêter l’étape ici. Mais quelle erreur cela aurait été !
Si Sutri est installée sur deux promontoires de tuf, Promonte et Rotali, un troisième promontoire, au sud de la Via Cassia, accueille la Villa Savorelli et est entièrement couvert par le Bosco Sacro.
L’accès est public : n’hésitez pas, comme nous, à aller déambuler dans les allées. Vous ne pourrez pas manquer, entre autres choses, la vue imprenable sur l’exceptionnel amphithéâtre romain.
Et, en descendant vers l’entrée de l’amphithéâtre, n’oubliez pas de jeter un œil au Mithræum, discrètement installé dans l’ancienne église rupestre de la Madonna del Parto.
Un amphithéâtre unique, entièrement creusé dans le tuf
Construit entre le Ier et le IIe siècle apr. J.-C., l’amphithéâtre de Sutri est un cas unique dans le monde romain : il est entièrement creusé dans la roche. À Cagliari, par exemple, une partie seulement est excavée ; ici, tout — gradins, couloirs, ovale monumental — est directement taillé dans le tuf volcanique. Un lieu saisissant, parfaitement intégré au paysage.
Le Mithraeum, un sanctuaire rupestre devenu église
Daté des IIe–IIIe siècles apr. J.-C., le Mithraeum de Sutri est un sanctuaire dédié au dieu Mithra, creusé dans le tuf et utilisé pour des rites initiatiques. Il a été transformé au Moyen Âge en église rupestre, la Madonna del Parto, dont il conserve encore la structure. Un lieu fascinant où se superposent culte antique et tradition chrétienne.
Un ensemble incontournable sur la Via Francigena
À quelques pas seulement du tracé de la Via Francigena, amphithéâtre et Mithraeum forment un ensemble archéologique exceptionnel. Deux mille ans d’histoire se lisent ici dans la roche volcanique, entre Rome et Tuscie. Une halte à ne manquer sous aucun prétexte.
Ainsi se termine une étape de toute beauté, même si la météo ne nous aura pas toujours été favorable.
Comme je l’écrivais, la Via Francigena ne traverse pas Sutri. Avec Kévin, nous avons pris le temps de la visiter : vous pourrez découvrir cela en marge de cet article.
Vous avez parcouru cette étape ? Vous souhaitez partager vos conseils aux futurs randonneurs ou simplement donner votre avis en tant que lecteur ? N’hésitez pas à laisser un commentaire ci‑dessous.
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Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ici :
Appréciation du parcours :
Une très belle étape de la Via Francigena, variée et riche en découvertes. Après un départ rapide dans la campagne de Vetralla, l’itinéraire alterne agréablement forêts, chemins ruraux et longues traversées de plantations de noisetiers, typiques de cette partie de la Tuscie. Les Torri d’Orlando apportent une touche historique inattendue au milieu des cultures, tandis que la traversée de Capranica, aux deux tiers du parcours, permet de découvrir un bourg médiéval perché sur un spectaculaire éperon de tuf.
La dernière partie de l’étape est particulièrement agréable, avec de beaux passages en pleine nature, parfois creusés dans la roche volcanique. L’arrivée à Sutri, posée sur son promontoire de tuf, marque un final remarquable, renforcé par la présence de son impressionnant amphithéâtre romain entièrement taillé dans la roche.
Une étape équilibrée et très plaisante à parcourir, qui illustre parfaitement la diversité des paysages traversés par la Via Francigena dans cette région du Latium.
Comment rejoindre cette étape ?
Vetralla et Sutri se situent toutes deux le long de la Via Cassia et sont desservies par les bus régionaux. Il est donc assez simple de rejoindre le départ ou l’arrivée de l’étape en transports en commun, comme nous l’avons fait en laissant la voiture à Sutri avant de prendre le bus pour Vetralla.
Et pour le pèlerin qui transporte sa maison sur le dos, la question ne se pose même pas : il lui suffit de suivre le balisage de la Via Francigena !
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