Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Une randonnée au cœur de la Terre des origines, là où l’humanité trouve ses premières racines.
Sur six kilomètres, nous découvrons le Rift et deux de ses lacs emblématiques : d’abord au ras de l’eau, puis en prenant de la hauteur. Chemin faisant, la faune se laisse approcher, les rencontres humaines se tissent, et la bienveillance accompagne chaque pas.
Au bout du compte, une seule évidence : l’envie irrépressible de revenir.
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Et en détail :
Temps de lecture : 11 minutes
Présent en cette fin mars en Éthiopie pour vacciner les enfants de moins de cinq ans contre la polio avec le Rotary International, je ne pouvais manquer l’occasion d’y randonner.
Une fois la campagne de vaccination terminée, cap sur Arba Minch, à environ 450 kilomètres au sud d’Addis‑Abeba, pour quelques jours de découverte de la région et de ses habitants.
C’est dans ce contexte que je vous propose cette randonnée improvisée de six kilomètres. Courte, certes, mais ô combien dépaysante.
Avant tout, il faut savoir que l’Éthiopie n’est pas la France et qu’on n’y randonne pas où on veut, quand on veut. Les règles sont strictes : il faut impérativement être accompagné d’un guide et, dans les réserves, d’un ranger armé.
Ce sera ainsi le cas pour cette randonnée sur le God’s Bridge, au cœur du parc national de Nech Sar, proposée par Biniyam, mon guide et ami Rotaractor — contraction entre Rotaract (le Rotary International pour les jeunes) et acteur. Une dénomination absolument géniale que nous avons découverte ici, et qui décrit si bien l’engagement remarquable de ces jeunes en faveur des populations les plus vulnérables.
Mais avant même de poser le pied sur le sentier, il faudra traverser le lac Abaya : nous sommes en effet ici au cœur du Rift éthiopien, une région façonnée par des forces géologiques immenses. C’est ce contexte unique qui explique la présence des grands lacs du sud… et l’existence même du God’s Bridge.
Quand la croûte terrestre se déchire
Le Rift est-africain est une immense cicatrice où la croûte terrestre se fissure et s’écarte lentement. En Éthiopie, ces mouvements ont créé une série de failles et de bassins qui se sont remplis d’eau au fil du temps, donnant naissance à une chaîne de lacs alignés comme des perles dans la vallée du Rift.
Sept lacs comme un collier d’eau
Entre Addis-Abeba et Arba Minch, on traverse ainsi la région des sept lacs du Rift : Ziway, Langano, Abijatta, Shalla, Awasa, puis plus au sud Abaya et Chamo. Chacun occupe une dépression formée par les failles du rift, parfois complétée par des dépôts volcaniques et des alluvions. Leur forme allongée et leur alignement témoignent directement de cette géologie en mouvement.
Le « God’s Bridge » : une crête sculptée par le Rift
À Arba Minch, entre les lacs Abaya et Chamo, se dresse le massif de Tosa Socha, que l’on appelle couramment le « God’s Bridge ». Il ne s’agit pas d’une simple langue de terre, mais d’une arête montagneuse culminant à environ 1 650 m, formée par les mouvements du Rift est-africain.
Au fil des millénaires, les failles tectoniques, l’érosion et les variations du niveau des lacs ont sculpté ce relief spectaculaire, laissant apparaître une dorsale naturelle qui sépare les deux bassins. Depuis ses pentes, les points de vue sur Abaya et Chamo sont parmi les plus impressionnants de toute la région.
Cela posé, il est temps de se mettre en route.
Située à proximité immédiate de l'Arba Minch Crocodile Ranch, voisin de l’aéroport, une longue passerelle en bois — un assemblage un peu bricolé, disons-le — conduit à l’embarcadère. Elle surplombe un vaste marécage formé par la montée du niveau du lac, et chaque pas réclame une attention soutenue sous peine de passer au travers.
Difficile pourtant de ne pas lever les yeux : le décor est saisissant, presque irréel. Des troncs blanchis, morts depuis longtemps, émergent de l’eau stagnante comme les vestiges d’une forêt engloutie.
À son extrémité, la passerelle s’est effondrée. Impossible d’aller plus loin à pied : il faut grimper dans une petite barque pour rejoindre le bateau qui nous attend un peu plus loin. L’aventure, c’est l’aventure — et ici, elle commence dès les premiers mètres.
Tout le monde est cette fois à bord, sain et sauf, grâce à la bienveillance de nos accompagnateurs locaux. Une bienveillance que j’ai pu mesurer depuis mon arrivée en Éthiopie.
Lentement, le bateau prend le large, glissant entre les troncs d’arbres morts qui émergent de la surface du lac. Le moteur ronronne à peine, et l’on se faufile dans ce paysage étrange.
Le bateau prend de la vitesse. L’eau est d’un brun profond, presque rouge, chargée de sédiments volcaniques.
Autour de nous s’étend l’immense lac Abaya, une véritable mer intérieure longue d’une soixantaine de kilomètres et large par endroits de plus de vingt : au total, presque deux fois la superficie du Léman. Au loin, les montagnes qui l’entourent se découpent dans une brume légère.
Sur notre droite, la silhouette sombre du God’s Bridge apparaît nettement, formant une frontière naturelle spectaculaire entre les lacs Abaya et Chamo.
Alors que nous approchons de la berge, il est temps de vous présenter nos compagnons de route : Adeline, une Savoyarde en mission à Addis-Abeba avec l'ONG tchèque People In Need, et son compagnon Yitagesu.
C’est aussi le moment choisi par la pluie pour nous arroser. « Non, non ! Il ne pleut jamais à Arba Minch ! », m’avait pourtant assuré Biniyam. Ah… Il voulait dire sur la ville, pas dans la région ? Désolé, je n’avais pas saisi la nuance.
Quoi qu’il en soit, si la pluie le réjouit, nous, gens du Nord, nous l’apprécions nettement moins…
Après quarante‑cinq minutes de navigation, nous accostons enfin. La pluie a déjà cessé et nous nous mettons aussitôt en route vers le sud.
Très vite, nous croisons des troupeaux de vaches, avançant tranquillement vers une destination qui me restera inconnue dans ces terres isolées de tout.
Au bout d’un peu moins de quatre cents mètres, le petit groupe quitte le large chemin pour s’engager vers l’ouest. Le sentier se resserre, puis s’ouvre à nouveau, à l’image de la végétation qui devient plus basse, plus variée.
L’intérêt d’être accompagné d’un ranger ne tient pas seulement à notre sécurité. Il sait exactement où nous mener pour que nous puissions observer les animaux sauvages qui peuplent la réserve. Et c’est justement le cas maintenant : ces traces fraîches révèlent la présence de zèbres dans les environs.
Tiens, je vous présente Zekarias, le guide d'Adeline et de son compagnon. Un sacré gaillard, bourré d'humour ! Un Belge qui s'ignore, peut-être...
À partir d'ici, il faut avancer sans bruit, sous peine de faire fuir les zèbres. Alors on rit sous cape en voyant les casquettes s'accrocher dans les épineux sous lesquels nous évoluons maintenant.
Mais, soudain, c'est le drame ! Une grosse épine vient se planter dans le pavillon de mon oreille gauche ! Aussitôt, tout le groupe accourt, s'inquiète, m'examine. Adeline me badigeonne l'oreille d'alcool qu'elle a sorti de son sac. Hmmm... qu'il est doux d'avoir toute l'attention du monde !
À l’heure où j’écris ces lignes, tout va bien : pas d'amputation, et plus la moindre trace de l’incident. Mais si vous souhaitez continuer à m'accorder toute votre attention...
La végétation s'éclaircit, le terrain s'ouvre. Notre ranger et Zekarias avancent en éclaireurs, l'œil aux aguets. La tension est à son comble... À moins que ce ne soit simplement l'attention.
Et puis, ça y est : ils sont là.
Quatre zèbres, dont deux femelles. On savoure le moment, mais notre ranger fronce déjà les sourcils. Ce n’est pas normal que nous puissions les approcher d’aussi près sans qu’ils ne détalent. Comme si quelque chose les retenait ici…
Et le ranger trouve vite l’explication : l’une des deux femelles a mis bas un zébron mort‑né. La nouvelle nous attriste, bien sûr, mais la nature nous rappelle là que c’est elle qui décide.
L’émotion passée, nous reprenons notre progression. Enfin… pas tout de suite, car en Éthiopie, il y a un rituel auquel on n’échappe pas : la séance photos !
Alors, dans la même veine que les BD de mon enfance — Martine à la ferme, Martine en vacances, Martine à la montagne — voici : Baudouin avec Biniyam, Baudouin avec Zekarias, Baudouin avec… Je vous laisse compléter. Moi qui ne supporte pas être pris en photo…
Nous rebroussons chemin. Escalader le Tosa Socha, à 1650 mètres d'altitude, nous prendrait trop de temps et, à part moi, personne n'est équipé pour une telle expédition. Ainsi, à ma grande surprise, je suis le seul à avoir emporté de l'eau. Alors nous nous replions sur le massif à l'est. Avec 1350 mètres de hauteur, cela nous fait quand même un dénivelé de 200 mètres.
En route, nous pouvons observer d'étranges boules suspendues dans les arbres. Ce sont des nids de Tisserins de Rüppell, un petit oiseau jaune très doué, visiblement.
Avec des pentes de 10 à plus de 15 %, l’ascension du massif du Handereko n’a rien d’une sinécure. Certains — pour ne pas dire certaine — réalisent vite les limites de leur condition physique. Pas notre ranger, en tout cas, qui grimpe cela comme s’il s’agissait d’une routine quotidienne. Et peut‑être est‑ce exactement ce que c’est.
Nous atteignons le sommet et, là, la vue s'ouvre : le lac Abaya à droite, le lac Chamo à gauche. Au centre, le God's Bridge se dévoile sous une perspective nouvelle. Et en tournant sur nous-mêmes, c'est toute la région qui s'offre à nous. On est tout simplement heureux d'être là !
Et bien sûr, à quoi nous livrons-nous alors ? Aucune idée ?
À une séance photos, évidemment !
La nuit commence à tomber, il est temps de rejoindre le bateau.
Dire que ce retour n’est qu’une formalité nous priverait des étoiles qui continueront longtemps de briller dans nos yeux. Et pourtant, c’est sans la moindre difficulté que nous atteignons la rive.
Tout le monde est à bord, nous pouvons mettre le cap sur Arba Minch.
« Baudouin ? »
« Oui, Biniyam ? »
« Photos ? »
Ah… voilà que mon ami Biniyam se prend pour Leonardo DiCaprio. Pourvu que nous ne croisions pas un iceberg.
Il nous reste une étape avant de rejoindre le ponton, près de l’Arba Minch Crocodile Ranch : l’hippo market.
Oh non, il ne s’agit pas d’un marché où l’on achète de la viande ou de la peau d’hippopotame — pour autant que cela se vende. Ni d’un endroit où l’on pourrait repartir avec un bébé hippo sous le bras. Les Éthiopiens désignent simplement par ce terme l’endroit où ces gros pachydermes sortent de l’eau pour brouter ou se reposer.
Malheureusement, le niveau actuel du lac est si élevé que leurs aires de repos sont submergées. Ils ne sortent donc pas de l’eau. Nous devons dès lors nous contenter de quelques têtes dépassant à peine de la surface.
La nuit est tombée lorsque nous atteignons le ponton. C’est donc à la lueur des lampes de nos smartphones que nous regagnons la terre ferme.
Notre chauffeur nous attend. Nous embarquons tout ce petit monde pour les déposer en route : les uns près de chez eux, les autres à leur hôtel. Nous avons tous passé un moment formidable et, pour ma part, cette randonnée n’a fait que renforcer mon envie de revenir en Éthiopie. Mais cette fois, ce sera pour un trek de deux ou trois jours.
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Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est ci-dessous que ça se passe :
Appréciation du parcours :
Randonnée courte mais marquante.
Entre la traversée du lac Abaya, l’ambiance presque irréelle des arbres noyés, la rencontre avec les zèbres et les panoramas sur le God’s Bridge, chaque instant apporte quelque chose de différent.
Ce n’est pas un itinéraire pour la performance, mais pour le dépaysement. Une expérience accessible, à condition d’être accompagné, qui donne un bel aperçu de la richesse naturelle de la région d’Arba Minch.
Comment rejoindre cette randonnée ?
Cette randonnée peut donner l’impression de s’improviser, mais elle ne se fait pas en autonomie. Le parc national de Nech Sar impose d’être accompagné par un guide et un ranger armé.
Sur place, il suffit de s’adresser à une agence locale ou à un bureau de guides à Arba Minch, qui se chargera de l’organisation, y compris la traversée du lac Abaya pour rejoindre le point de départ.
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Vous souhaitez parcourir cette randonnée ?
Il n’y a pas de trace GPX pour cette randonnée, et c’est tout à fait normal. L’itinéraire n’est pas figé : il est défini sur place par le guide et le ranger, en fonction des conditions et des zones où la présence d’animaux est la plus probable. Ici, on ne suit pas un tracé précis, on s’adapte au terrain et à la vie sauvage.
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