Parce que randonner c'est la santé...
Le résumé du randonneur pressé :
Au départ de la gare de Libercourt, cette deuxième étape de la Boucle n° 3 « De la mine au Louvre-Lens » nous entraîne à travers la campagne de la Pévèle.
Après le site ornithologique des Cinq Tailles, à Thumeries, nous suivons l'ancienne ligne ferroviaire du PP, qui reliait Pont-à-Marcq à Pont-de-la-Deûle. Autrefois empruntée notamment pour acheminer les betteraves vers les sucreries, elle nous guide à travers villages et paysages champêtres jusqu'aux abords du canal Dunkerque-Escaut et à la gare de Pont-de-la-Deûle.
Une étape où, finalement, l'histoire de la betterave sucrière s'impose à celle du charbon.
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Et en détail :
Temps de lecture : 12 minutes
Après la belle surprise que nous a réservée hier la première étape de la Boucle n° 3 « De la mine au Louvre-Lens » des Tours du Bassin minier Nord-Pas-de-Calais, nous voici prêts à reprendre la route. Cette deuxième étape doit nous conduire de la gare de Libercourt à celle de Pont-de-la-Deûle.
Un peu plus longue que la précédente, avec ses 23 kilomètres, elle nous promet également de beaux moments en pleine nature. C'est du moins ce que laisse entrevoir la carte. Mais qu'en sera-t-il sur le terrain ? Eh bien, chaussons nos godillots et allons vérifier ça !
Avais-je si hâte de découvrir cela que le soleil se lève à peine lorsque nous prenons le départ à la gare de Libercourt ? Toujours est-il que c'est beau, un lever de soleil, même sur la ville. Bon... Si je me mets à faire de la poésie, nous ne sommes pas encore arrivés !
Direction donc le bois de l'Émolière, de l'autre côté de la voie ferrée. Imaginez un peu ! Même pas un kilomètre parcouru et nous serons déjà en pleine nature ! Génial, non ?
Enfer et damnation ! Le portail d'accès au bois, rue Salvador Allende, est fermé à clé ! Le bois ne serait-il donc pas accessible à toute heure ? Non... J'apprends d'un habitant du quartier, qui promène son chien, que « Libercourt Plage », une manifestation ayant transformé pendant une dizaine de jours la base de loisirs en station balnéaire, s'est achevée le week-end dernier. Et le bois restera fermé tant que tout le matériel n'aura pas été évacué ! Ah... Génial, ça !
Décidément, il y a une histoire entre les bois de Libercourt et moi ! (Voir le récit d'hier.) Nous voilà donc contraints, cette fois, de contourner le bois par la droite. Consolons-nous en nous disant que ce détour nous donne l'occasion de traverser le quartier des Marlières, où se dressaient autrefois les baraquements des Six-Drèves, construits en 1946 pour accueillir les travailleurs du Groupe d'Oignies des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais. Et nous parvenons même à parcourir quelque 200 mètres dans le bois avant de rejoindre la rue des Fusillés, à Wahagnies !
Maigre consolation ? C'est ça que vous me dites ?
Rappelez-vous, hier, nous avions quitté le Nord pour le Pas-de-Calais. Cela n'aura finalement duré que le temps d'une étape, puisque Wahagnies se trouve dans le Nord. La rue des Fusillés nous conduit dans le centre du village. Mais pas trop. Je veux dire par là que nous nous arrêtons avant.
Comme au milieu des campagnes, pour observer le manège de deux chevreuils en quête de nourriture au pied d'un arbre isolé. Un spectacle majestueux dans la lumière dorée et rasante du soleil levant, par ce beau matin d'été. Jusqu'à ce qu'ils traversent la route devant moi pour disparaître dans un champ de maïs, non sans m'avoir lancé un dernier regard, l'air de dire : « Tu n'as pas eu ton bois, mais tu nous as eus, nous ! »
Wahagnies, ses chevreuils, son centre que nous ne verrons pas… et sa voyette qui nous emmène discrètement à la limite est du village !
À défaut de bois à Libercourt, il faudra attendre l'arrivée à Thumeries pour enfin profiter de ce que la nature peut nous offrir. Sans vouloir faire injure à nos deux chevreuils, bien sûr. Près de cinq kilomètres parcourus, donc, avant d'atteindre le site ornithologique des Cinq Tailles. Et quel site ! Même si, comme nous allons le découvrir, la main de l'homme n'est pas étrangère à sa beauté…
Le site comporte plusieurs étangs, dont le plus grand s'étend sur la gauche de notre chemin. Pour observer l'étang et ses habitants, il faut quitter le chemin principal et emprunter un sentier plus étroit, lui aussi sur la gauche. Il nous conduit à l'observatoire du Canard souchet.
Chuuut !... Tiens, il n'y a pas de vaches, aujourd'hui ! Ne rigolez pas, il se pourrait bien que vous en voyiez défiler juste devant vous ! Bon... pas beaucoup de canards non plus.
Contrairement à ce que nous pourrions penser, puisque nous sommes partis à la découverte du patrimoine minier, ces étangs ne résultent pas d'affaissements miniers. Ils sont en réalité d'anciens bassins de décantation de la sucrerie Béghin-Say, dans lesquels étaient recueillies les eaux chargées de boues issues du lavage des betteraves sucrières. L'activité sucrière ayant cessé en 1990, ces bassins ont perdu leur utilité industrielle avant de devenir un refuge pour les oiseaux. Une reconversion plutôt réussie !
Nous pourrions passer des heures ici à attendre les canards… ou les vaches, selon vos centres d'intérêt. Mais le chemin est encore long et, sachez-le, il y a d'autres belvédères sur le site. Si vous le découvrez pour la première fois, cela vaut vraiment la peine d'y revenir.
Continuons donc jusqu'à la sortie du site, rue Émile Zola. Le chemin est enchanteur, bordé de sculptures en bois représentant des animaux. À hauteur du parking, un panneau d'information retrace l'histoire du site plus en détail que je ne l'ai fait ici. Attention toutefois : le balisage est absent et les chemins ont été modifiés. Ni la carte IGN dont je disposais ni le TopoGuide n'étaient à jour.
Rue Émile Zola, nous empruntons la Voie verte de la Pévèle en direction de Mons-en-Pévèle. Nous sommes ici sur l'ancienne ligne ferroviaire du PP, qui reliait Pont-à-Marcq à Pont-de-la-Deûle.
Pendant près de trois kilomètres, nous suivons son tracé à travers la campagne. Un peu comme notre canal de Lens d'hier : un itinéraire tranquille, à l'écart de la circulation. Sauf qu'ici, il n'y a pas d'eau… Enfin, pas tout à fait ! La Marque prend sa source en contrebas, dans la vallée entre Thumeries et Mons-en-Pévèle. Et le relief est un peu plus marqué que le long de notre ancien canal.
Et puis, depuis les hauteurs, nous pouvons aussi observer au loin les immenses silos du site industriel de Tereos, héritier de l'ancienne sucrerie Béghin-Say de Thumeries. Autre élément qui ne passe pas inaperçu : cette ligne à haute tension aux pylônes caractéristiques en forme de sapin, dont les câbles balafrent le paysage !
Quoi qu'il en soit, voilà un parcours très agréable, sur un chemin au revêtement en sable du Tournaisis stabilisé à la chaux.
Le PP, pour Pont-à-Marcq–Pont-de-la-Deûle, est une ligne de chemin de fer d'intérêt local de 29 kilomètres, mise en service le 1er septembre 1896. Son projet est proposé en 1891 par l'ingénieur Alfred Lambert. Le tracé initial ne prévoyait pas de desservir Thumeries, mais Ferdinand Béghin intervient pour obtenir le passage de la ligne par le village, où se trouve sa sucrerie.
Le train transporte aussi bien des voyageurs que des marchandises. Il permet notamment aux ouvriers et aux ouvrières de rejoindre la sucrerie Béghin-Say, à Thumeries. Les wagons acheminent des betteraves sucrières, mais aussi des céréales, des engrais, du charbon et des matériaux issus des carrières d'argile et de sable.
Le transport des voyageurs prend fin en 1953 sur une première partie de la ligne, puis en 1955 sur le reste du parcours. Le trafic marchandises se poursuit encore plusieurs décennies sur certains tronçons, jusqu'à la fermeture de la section Thumeries–Pont-de-la-Deûle en 1993. Aujourd'hui, l'ancienne voie ferrée a laissé place à des chemins de promenade, dont la Voie verte de la Pévèle et la Voie du Sucre.
Au sommet de la côte, à la lisière sud de Mons-en-Pévèle, nous quittons la voie verte pour redescendre en droite ligne jusqu'au creux de la vallée.
Notez qu'ici la dénomination des chemins diffère d'une carte à l'autre. Pour l'IGN, nous empruntons la Voie du Reste. Quel reste ? Allez savoir ! Dans le fond de la vallée, c'est le chemin de la Vacquerie que nous suivons vers la droite. Une petite route asphaltée, malgré son nom.
Quand le chemin change de revêtement pour la terre, il change aussi de nom, et c'est tout un programme : le chemin rural du Trou Mourant à Mons-en-Pévèle ! Après le reste, le mourant. Je me demande si on ne va pas bientôt tomber sur un cadavre !
Bon, quoi qu'il en soit, tout cela reste bien agréable même si, depuis la sortie du site des Cinq Tailles, l'ombre est plutôt rare. Si cadavre il y a, il aura blanchi au soleil !
En attendant, trèfle de plaisanterie, nous avons atteint le sommet de la colline occupée par Moncheaux.
C'est là que nous récupérons la ligne ferroviaire du PP, sauf qu'ici elle a été baptisée « La Voie du Sucre ». La gare de Moncheaux se trouvait au point culminant de la ligne, à 73 mètres d'altitude. Venant de Raimbeaucourt, la pente est si rude qu'en cas de neige ou de gel, les convois de charbon ou de betteraves destinés à la sucrerie devaient être scindés. C'est l'une des nombreuses informations que vous pourrez trouver sur les panneaux disposés le long du parcours. Non seulement c'est beau, mais c'est aussi instructif !
Et la bonne nouvelle, c'est que nous descendons en direction de Raimbeaucourt. En aucun cas nous ne devrons être scindés !
À Raimbeaucourt, la gare se trouvait rue des Sœurs Bouquerel, que nous traversons. Plus loin, des daims, dans un enclos, ne peuvent plus regarder passer le train. Ils se contentent dorénavant des randonneurs ou des joggeurs. Mais quel ennui ! Pire que d'être pêcheur !
Le 17 février 1948, peu après 17 heures, un train de voyageurs transportant notamment des ouvrières de la sucrerie Béghin, à Thumeries, entre en collision avec un train de marchandises chargé de charbon, au lieu-dit « La Corne du Bois », à la sortie de la gare.
Sur cette ligne à voie unique, le train de voyageurs avait été autorisé à partir alors que le convoi de marchandises arrivant en sens inverse n'était pas encore passé. Le choc est terrible : 24 personnes perdent la vie et environ 80 sont blessées, dont de nombreuses jeunes femmes surnommées les « Béghinettes », qui rentraient chez elles après leur journée de travail.
Cette tragédie marque durablement Thumeries et les communes voisines. Elle reste l'un des épisodes les plus douloureux de l'histoire du PP, dont la mémoire est aujourd'hui entretenue notamment par l'association des Amis du PP.
Juste avant d'arriver à Roost-Warendin, la voie verte traverse la rue. Bon... nous aussi. Au bout de 300 mètres, nous atteignons la rue Marcel Sembat, et nous faisons nos adieux au PP.
Nous faisons par contre nos retrouvailles avec la Boucle n° 4, que nous avions parcourue fin juillet 2024. D'ici jusqu'au canal Dunkerque-Escaut, à Flers-en-Escrebieux, c'est le même itinéraire que lors de la première étape (<-- clic). En sens inverse, mais dois-je encore vous le rappeler ?
Ainsi, pendant que le PP file tout droit vers la gare de Pont-de-la-Deûle — un parcours impossible à suivre aujourd'hui, le terrain étant occupé par les bassins de décantation de l'usine Nyrstar —, nous quittons Roost-Warendin en direction d'Auby. Rapidement, nous nous retrouvons dans les champs…
À Auby, nous faisons une courte incursion dans la cité du Bon-Air, qui n'a pas accueilli que des mineurs, mais aussi des travailleurs des industries environnantes. Le sentier que nous empruntons ensuite dans le bois suit en fait un ancien cavalier minier, le terril n° 213B, Cavalier de Roost-Warendin.
Ici, le TopoGuide, comme la carte IGN, indique de quitter le cavalier vers la gauche pour longer ensuite le Marais du Vivier. Lors de la randonnée sur la Boucle n° 4, je n'avais pas trouvé le chemin d'accès à l'autre extrémité du marais. Dans ce sens-ci, le problème ne se pose pas : le sentier est clairement visible. Il monte sur le terril avant de redescendre vers l'étang.
Une question se pose alors : allons-nous pouvoir quitter l'étang une fois arrivés à l'autre bout ? La réponse est tout aussi simple : oui. Mais le chemin prévu dans la documentation n'existe plus ; il faut ressortir par le parking.
Nous rejoignons à nouveau le cavalier minier puis, à sa sortie, nous prenons la direction du canal Dunkerque-Escaut (plus précisément, le canal de la Deûle). Que nous traversons.
Ici, tout a été chamboulé depuis la parution du TopoGuide en 2010. Même la carte IGN, pourtant plus récente, n'est pas à jour. Mais en fait, c'est très simple : après le pont, à gauche. Puis, deuxième à gauche, sur un petit chemin qui nous fait traverser un sympathique espace naturel enclavé dans la zone industrielle des Prés Loribes.
La zone industrielle est rapidement traversée pour gagner le parc des Prés Loribes. Cette fois, je choisis de continuer sur la petite route plutôt que de longer les étangs de pêche. Après mes insinuations sur les pêcheurs, autant être prudent !
Au pont sous la rocade minière, nous retrouvons un canal, mais pas celui que nous venons de traverser. Enfin... si, le même, mais il change de nom. Il s'agit cette fois du canal de dérivation de la Scarpe, qui fait lui aussi partie de la liaison Dunkerque-Escaut.
Nous quittons alors l'itinéraire pour nous diriger vers la gare de Pont-de-la-Deûle.
700 mètres, c'est la distance qu'il nous reste à parcourir. Évidemment, nous ne traversons pas le canal par la rocade minière, mais par le pont juste après. La suite se passe de commentaires, sinon que ce fut encore une belle journée !
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Vous voulez revivre cette randonnée en vidéo 3D ? C'est à découvrir ci-dessous :
Appréciation du parcours :
Une très belle étape, qui nous entraîne dans la campagne de la Pévèle, entre espaces naturels, chemins agréables et jolis panoramas. Le patrimoine minier est quasiment absent, mais les paysages traversés et l'ancienne ligne ferroviaire du PP, témoin de l'histoire de la betterave sucrière, nous font vite oublier le charbon. Les routes asphaltées sont rares et, malgré la présence parfois encombrante d'une ligne à haute tension, le plaisir de la randonnée reste intact. C'est beau et instructif !
Comment rejoindre cette étape ?
Si vous habitez le long de la ligne ferroviaire, le plus simple est encore de prendre le train jusqu'à Libercourt, point de départ de cette étape, et de rentrer depuis la gare de Pont-de-la-Deûle. Vous évitez ainsi de prendre la voiture !
Si vous venez en voiture, vous pouvez la laisser à la gare de Pont-de-la-Deûle, puis prendre le train jusqu'à Libercourt. Vous disposerez ainsi de votre véhicule à l'arrivée, sans devoir revenir sur vos pas.
Dans les deux cas, pensez à vérifier les horaires des trains avant de partir.
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Vous souhaitez parcourir cette randonnée ? Vous trouverez ci-dessous la trace GPX de l'itinéraire tel que je l'ai suivi :
Ci-dessous, vous trouverez le GPX du parcours passant par le bois de l'Émolière. C'est celui que vous devriez utiliser sauf si vous parcourez cette étape pendant « Libercourt Plage ».
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